Le nucléaire russe étrillé par le stress test

Le 23 juin 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A l’est, les nouvelles ne sont pas bonnes pour l’industrie nucléaire. La fondation Bellona affirme avoir mis la main sur un rapport d’évaluation de la sûreté du parc nucléaire civil russe. D’après l’ONG norvégienne, ce rapport aurait été commandé par le Kremlin à Rosatom, l’organisation publique gérant le nucléaire civil, en Russie. Le document aurait été présenté au Conseil d’Etat, présidé par Dmitri Medvedev, le 9 juin dernier.
 
Premier problème soulevé: l’absence de construction antisismique dans les zones susceptibles de tremblement de terre. Par ailleurs, tous les systèmes de conduite des réacteurs ne sont pas encore pourvus d’un dispositif d’arrêt automatique d’urgence, comme c’est le cas en Occident.
 
La résistance aux impacts d’agression extérieure (avion, missile) est inférieure aux seuils prévus par la réglementation russe.
Les détecteurs et les recombineurs d’hydrogène ne répondent pas, eux non plus, aux normes en vigueur. Inquiétant, si l’on se souvient que les parois des bâtiments réacteurs de la centrale japonaise de Fukushima Dai-Ichi ont été en partis soufflés par des explosions d’hydrogène.
 
Et puisqu’il est question de l’accident japonais, Moscou a voulu savoir si les 31 réacteurs en service étaient capables de résister, durant une longue période, à une perte du système de refroidissement, à un manque d’électricité, voire à la disparition de l’eau des piscines. La réponse est simple: non.
 
La gestion des combustibles usés est aussi problématique. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’existe aucune installation permettant de stocker à sec les combustibles usés de la centrale de Beloyarsk. Gênant, car le rapport indique aussi que les piscines de refroidissement du seul réacteur à neutrons rapides en fonctionnement dans le monde «sont dans une situation critique».
 
En service depuis le milieu des années 1970, la centrale de Bilibino ne dispose toujours pas d’un programme de gestion des combustibles usés. Une situation qui semble être généralisée pour les 4 centrales équipées de réacteurs RBMK (type Tchernobyl).
Tout comme le système des barres de contrôle de ces mêmes réacteurs qui souffre de défauts, connus de longue date, sans qu’aucune autorité n’ait exigé leur remplacement, malgré la catastrophe du 26 avril 1986.
 
D’une manière générale, les normes de classification des déchets radioactifs (haute, moyenne, basse activité) varient selon les administrations. Les installations de stockage de déchets liquides et solides des centrales de Leningrad, de Koursk et de Smolensk (11 réacteurs RBMK) sont sur le point d’être saturées.
 
Tout aussi inquiétant: le rapport indique «qu’il n’existe aucune approche scientifique et technique unique pour la gestion des déchets radioactifs des nouveaux réacteurs».
Certains des bâtiments des centrales de Balakovo et de Kalinin (7 réacteurs VVER 1000) ont tendance à s’affaisser, «ce qui pourrait fragiliser leur structure interne».
 
A l’exception de la centrale de Kola, aucun exploitant n’a jugé bon d’élaborer des exercices dont le scénario prévoirait des conduites de réacteurs illégales (comme ce fut le cas à Tchernobyl) ou des cascades d’incidents (effet domino).
 
Critique pour les exploitants, le rapport est tout aussi cinglant pour les autorités en charge de la sûreté. Les inspections des installations nucléaires sont présentées comme insuffisantes et inefficaces. En conséquence, le nombre de défauts, d’incidents et de violations des réglementations est «très sous-estimé».
 
L’organisation du démantèlement laisse aussi à désirer. Quatre réacteurs situés à Novovoronezh et à Beloyarsk n’ont toujours pas subi un début de démantèlement, 20 ans après avoir été arrêtés.


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