Le Muséum dépoussière son herbier

Le 01 mars 2017 par Marine Jobert
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Planche numérisée de Nymphaea caerulea Savigny.
Planche numérisée de Nymphaea caerulea Savigny.
©MNHN

Arrivés du monde entier au fil des siècles et des expéditions, 8 millions de spécimens sont rassemblées à l’herbier national, au sein du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), à Paris. En 2008, cet herbier est rénové de fond en comble et la collection va connaître un nouveau destin… numérique. Entretien avec Gwénaël Le Bras, le gestionnaire de cette base de données pas comme les autres.

JDLE - Cet herbier est le plus complet qui existe dans le monde. Quel travail!

Gwénaël Le Bras – Oui, l’herbier national est la plus grosse collection de botanique au monde. Il contient 6 millions de plantes vasculaires (fougères, plantes à fleurs et conifères) et 2 millions de plantes non vasculaires (champignons ou algues). C’est une collection qui a commencé au milieu du XVIe siècle et, depuis, l’activité botanique au sein du Muséum n’a jamais arrêté. Même pendant la Deuxième guerre mondiale, les scientifiques français et allemands continuaient à s’envoyer des échantillons par des voies détournées! Finalement, c’est un outil collectif, qui est capital pour la botanique.

Cyanure, arsenic, mercure, DDT, Lindane… voici quelques-unes des molécules toxiques employées pour garder les espèces des appétits des insectes, champignons et autres bactéries. Sauf que la santé des personnels du Muséum s’en est ressentie. Aujourd’hui, l’institution a réduit au minimum l’emploi de substances chimiques, au profit d’une atmosphère sèche, de températures basses (pour éviter la reproduction des insectes) et d’une pression atmosphérique plus forte qu’à l’extérieur (pour créer un courant d’air qui empêche les insectes de rentrer).

 

JDLE – Multiséculaire, cet herbier permet de prendre du recul sur l’évolution de la flore. Que constate-t-on en cette période de grand bouleversement des écosystèmes?

Gwénaël Le Bras – L’herbier permet de documenter des espèces qui ont disparu. Des descriptions sont régulièrement faites d’espèces dont on sait qu’elles ont probablement disparu depuis leur récolte, notamment parce que l’endroit où elles ont été découvertes a été détruit depuis. A Madagascar, par exemple, un collègue a collecté quelques branches d’un buisson qui n’avait jamais été nommé auparavant: probablement le dernier spécimen de l’espèce. Si les liens avec le changement climatique sont délicats à établir, il est clair que les botanistes sont confrontés aux modifications d’environnement dans leurs recherches. Mais l’herbier est surtout un répertoire, qui nous permet d’établir que tant de plantes disparaissent. Le pourquoi de leur disparition dépend d’autres études.

 

JDLE – Entre 2008 et 2012, l’herbier national a été complètement rénové, avec une restauration du bâtiment et un reclassement systématique des spécimens dans des rayonnages mobiles. Et une très grande partie des collections ont été numérisées…

Gwénaël Le Bras – 90% de la collection des plantes vasculaires ont été numérisées, ainsi que 99% des types. Ces spécimens -il y en a 200.000 dans l’herbier national- sont en quelque sorte les ‘plantes étalons’ de la systématique, cette science qui sert à nommer les espèces. Les caractéristiques de l’espèce sont définies par rapport à ce spécimen qui est conservé, et auquel peuvent se référer les botanistes.

Cette numérisation rend nos collections accessibles à l’ensemble de la communauté des botanistes. Ce qui permet de faire un premier travail de tri à distance, plutôt que de bouger tout l’herbier. Mais cela ne remplacera jamais le travail d’étude: la base du travail restera l’herbier physique.

 

JDLE – Grâce à la science participative et aux naturalistes en herbe, quelles sont les perspectives pour votre herbier?

Gwénaël Le Bras – Le but de la numérisation était de produire des images et de les rattacher rapidement à des spécimens, avec le minimum possible d’informations associées à l’image. Désormais, nous allons mettre à profit les utilisateurs du site des Herbaunotes pour ajouter d’autres informations. C’est aussi un bon moyen de montrer au grand public à quoi ressemble notre outil de travail. Enfin, un outil d’herbier virtuel est en cours (intitulé Récolnat), à destination des spécialistes.

 



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