Le mur de Trump, menace pour la biodiversité

Le 01 septembre 2016 par Romain Loury
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Pas de frontière pour la faune
Pas de frontière pour la faune

S’il s’agit avant tout de lutter contre l’immigration illégale, le projet de Donald Trump de construire un mur tout au long de la frontière mexicaine, réaffirmé mercredi 31 août, pourrait fragiliser la biodiversité locale en morcelant des populations d’espèces menacées. Des biologistes tirent la sonnette d’alarme.

Ses précédentes déclarations l’ont prouvé: Donald Trump, candidat républicain à la présidentielle américaine de novembre, n’est pas un fervent défenseur de l’environnement, comme le révélait en juillet la plate-forme programmatique de son parti. A tel point qu’il fait même de l’anti-écologie sans le savoir: exemple avec l’un de ses projets emblématiques, la construction d’un mur anti-immigration illégale à la frontière mexicaine.

En la matière, c’est George W. Bush qui a montré la voie en 2006, en construisant une barrière de 1.100 km entre les Etats-Unis et le Mexique. Donald Trump voit plus loin, comme il l’a rappelé mercredi 31 août lors d’un meeting à Phoenix (Arizona), consacré à l’annonce d’un plan de lutte contre l’immigration illégale en dix points: «un grand mur, élevé, impénétrable, magnifique».

Un mur de 10 à 20 mètres de hauteur

«Magnifique», le mot est faible pour définir une muraille de béton de 10 à 20 mètres de hauteur, couvrant la totalité des 3 .200 km de frontière entre les deux pays. Par élégance, le financement en serait entièrement confié aux autorités mexicaines, a promis Donald Trump, qui avait omis d’aborder le sujet lors d’une visite, plus tôt dans la journée, au président mexicain Enrique Peña Nieto.

Au-delà des questions politiques et éthiques, une telle barrière physique, si elle voyait le jour, constituerait une sérieuse menace pour l’environnement, en l’occurrence pour la biodiversité locale, considérée comme la plus riche des Etats-Unis. Dans un article publié mi-août dans la revue Nature, des biologistes mettaient en garde contre un tel projet.

«Le sud-ouest des Etats-Unis et le nord-ouest du Mexique partagent leur climat, leur rivière et leur faune sauvage», rappelait Sergio Avila-Villegas, scientifique à l’Arizona-Sonora Desert Museum de Tucson. «Une telle infrastructure sur la frontière tranchera dans tout cela, divisant ce paysage partagé en deux parties», craignait-il.

Fauves, ours et oiseaux menacés

Cause majeure d’inquiétude, le fait que de nombreuses espèces locales franchissent régulièrement la frontière. De fait, ce mur scinderait les populations en deux, annihilant leurs chances de survie. Exemples, le mouflon du désert, le jaguar, l’ocelot et l’ours: pour ces trois derniers, seules de petites populations persistent côté nord-américain, ne devant leur survie que par leurs contacts avec les individus mexicains.

«Les ours noirs ont été éliminés de l’ouest du Texas, et leur retour dans les années 1990 a été un grand succès», rappelle Clinton Epps, biologiste à l’Oregon State University à Corvallis. «Rompre les liens avec les ours mexicains pourrait de nouveau mettre ces animaux en danger. Idem pour les oiseaux qui volent peu, dont le grand géocoucou [plus connu sous le nom de «roadrunner», ndlr], ou ceux volant à basse altitude, comme la chouette pygmée, qui auront du mal à passer au-dessus du mur», ajoute-t-il.

Au-delà du cas américain, la lutte anti-immigration fait rarement bon ménage avec le maintien de la biodiversité, comme le révélait une étude publiée fin juin. Un tel danger menace déjà la faune européenne, alors que de nouvelles barrières sont en projet dans plusieurs pays d’Europe de l’est pour enrayer le flux de réfugiés syriens. Une inquiétude particulièrement vive dans les Balkans, où la Slovénie a décidé, en novembre 2015, de clôturer sa frontière avec la Croatie, mettant en danger ours, loups et lynx.



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