Le moral climatique remonte à Cancun

Le 31 décembre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Rétrospective 2010

 


Contrairement à celui de Copenhague, en 2009, le sommet climatique de Cancun s’est achevé par une standing ovation. Debout, les délégués des 190 pays représentés ont acclamé, le 10 décembre, Patricia Espinosa, la ministre mexicaine des affaires étrangères et, à ce titre, présidente de cette 16 e conférence des Parties à la convention de l’ONU sur les changements climatiques (COP 16) et 6 e conférence des Parties au protocole de Kyoto (MOP 6). 16 e conférence de laquelle on retiendra qu’elle s’est terminée sur… un succès.

 

Vaillamment négocié par la diplomate zimbabwéenne Margaret Mukahanana-Sangarwe, le texte de consensus adopté par la conférence (à l’exception de la Bolivie) promet quelques avancées. Il rappelle, s’il en était encore besoin, que l’Humanité doit agir de concert pour limiter le réchauffement à moins de 2°C, par rapport à l’ère préindustrielle - et si possible à 1,5°C. Ce qui n’est pas gagné puisque nous flirtons déjà avec une hausse du mercure global de 1°C.

 

L’accord de Cancun rappelle aussi que l’objectif à suivre, tant par les pays les plus industrialisés que par les autres, a été fixé par la feuille de route de Bali. Pour mémoire, ce texte, adopté lors de la COP 13-MOP 3, préconise une réduction de 25 à 40 % des émissions des pays de l’annexe 1 d’ici 2020 et une « diminution substantielle » des rejets carbonés des pays d’Amérique latine, d’Asie centrale et orientale et du Moyen Orient. Pour 2050, c’est encore pire : - 80 à – 90 % pour les pays de l’OCDE et, toujours une « diminution substantielle » des rejets de GES dans toutes les autres régions du monde, cette fois.

 

Précaution probablement pas inutile en période de crise économique, il est rappelé aux pays les plus industrialisés qu’ils se sont engagés à Copenhague à verser, collectivement, 30 milliards de dollars (22,4 milliards d’euros) aux pays les moins avancés (PMA) d’ici 2012. Baptisés « fast start », ces financements additionnels doivent aider les PMA à réduire leurs émissions et à préparer des stratégies d’adaptation. A partir de 2020, les nations les plus riches devront verser 100 milliards $ (74,69 milliards €) par an pour subvenir aux besoins climatiques des pays en développement.

 

L’accord de Cancun donne aussi corps au système Redd+ : un mécanisme permettant aux pays forestiers, luttant efficacement contre la déforestation, de générer des crédits d’émission, cessibles sur un marché. La déforestation est réputée être à l’origine de 20 % des émissions mondiales de GES.

 

Engendré à Copenhague, le « fonds vert », destiné à recueillir et à administrer les fonds dédiés aux actions climatiques des pays les plus démunis, a vu le jour à Cancun.

 

Autre institution nouvelle : le comité de l’adaptation. Il devra aider les pays les plus démunis à élaborer des politiques nationales d’adaptation aux conséquences des changements climatiques.

 

A ses côtés sera constitué un comité exécutif de la technologie, chargé de faciliter les transferts de techniques et de technologies des pays du Nord vers ceux du Sud. « C’est historique, témoigne Christina Figueres, la secrétaire exécutive de la Convention sur les changements climatiques, c’est la première fois que les pays s’accordent un tel jeu d’instruments et d’outils qui vont permettre aux pays en développement, notamment, de réduire leurs émissions et de s’adapter aux conséquences du changement climatique. »

 

Voilà pour les pays les plus industrialisés. Mais, cette fois, les pays émergents et en développement ne s’en sortent pas « indemnes ». Si le texte reconnaît, comme la convention de l’ONU de 1992 d’ailleurs, la responsabilité historique des nations les plus riches dans la situation climatique actuelle, il n’exonère pas pour autant les pays en développement du moindre effort. Ainsi, ces derniers devront enfin comptabiliser leurs émissions et rendre leur rapport public, comme, du reste, le leur demandait déjà l’accord de Copenhague. Dans la foulée, ils devront aussi mettre en œuvre des actions nationales « et appropriées » pour abattre, d’ici 2020, leurs émissions par rapport à un scénario « business as usual ».

 

Tenu par le secrétariat exécutif de la Convention, un registre de ces actions nationales sera ouvert. A charge pour les pays en développement de l’alimenter en informations s’ils souhaitent, bien sûr, bénéficier des financements multilatéraux. Ces actions devront faire l’objet d’un contrôle international pour vérifier non seulement leur réalité, mais aussi leur additionnalité, c’est-à-dire leur caractère bénéfique pour le climat. Des obligations qui ont l’heur de ne pas déplaire aux représentants des grands émergents. S’exprimant au nom des Basic (Brésil, Afrique du Sud, Inde et Chine), le ministre indien de l’environnement s’est dit « très heureux de ce texte ». L’irascible Jairam Ramesh retenant surtout de l’accord de Cancun les rappels à l’ordre financier lancé aux nations les plus riches, et les facilités faites aux transferts de technologies propres et sobres. Chacun voit midi à sa porte.

 

Au final, que peut-on retenir de cette quinzaine mexicaine ? Tout d’abord, elle permet de relancer un processus onusien, menacé d’explosion depuis le semi-échec de Copenhague. « Ce n’est pas une fin, mais un recommencement », confirme Christina Figueres.

 

Elle marque aussi un incontestable succès de la diplomatie américaine. Alliés aux diplomates japonais, russes, canadiens, les négociateurs US ont pratiquement réussi à mettre hors jeu le protocole de Kyoto. Pour preuve : aucune décision n’a été prise sur une hypothétique seconde période d’engagement (2012-2020). C’est donc au groupe de travail spécial de l'action concertée à long terme, présidé par Margaret Mukahanana-Sangarwe, qu’il revient de réfléchir à l’avenir de la négociation Climat. Exit son concurrent, le groupe de travail spécial sur les nouveaux engagements des Parties visées à l'annexe I du protocole de Kyoto.

 

Autre succès yankee, la promulgation dans l’accord de Cancun des premières obligations fixées aux pays émergents et en développement. Une vieille revendication de Washington ! « Nous avons maintenant un texte qui n'est pas parfait mais qui constitue sans aucun doute une bonne base pour aller de l'avant », s’est d’ailleurs réjouit Todd Stern, l’envoyé spécial de Barack Obama.

 

Cette victoire américaine est plus qu’une simple revanche sur la diplomatie chinoise, jugée à Washington responsable du piètre résultat de Copenhague. Elle prive désormais le Congrès américain de son principal argument pour ne pas voter de loi imposant aux industriels une réduction de leurs émissions de GES.

 

L’accord de Cancun met désormais pratiquement dans le même bain tous les grands émetteurs de GES. Ce qui n’est pas le cas du protocole de Kyoto, dont les parties prenantes ne « pèsent » plus que 40 % des émissions anthropiques. Bien sûr, objectent les esprits chagrins, comme les délégués boliviens, aucun objectif contraignant n’a été fixé dans la station balnéaire caribéenne. Mais pouvait-il en être autrement ? Pas si sûr. Il a fallu 5 années de négociations acharnées pour passer de la convention de 1992 (non contraignante) au protocole de Kyoto, imposant aux pays les plus industrialisés de l’époque d’abattre, en 15 ans, leurs rejets de 5 %. Il en faudra sans doute autant pour mettre toute la communauté internationale sur la voie de la décarbonisation.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus