Le modèle allemand aussi efficace contre le Covid-19?

Le 03 avril 2020 par Romain Loury
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En Allemagne, plus de cas, moins de morts
En Allemagne, plus de cas, moins de morts
VLDT

Sans recourir à un confinement aussi strict que la France ou l’Italie, l’Allemagne semble obtenir de meilleurs résultats dans la lutte contre le Covid-19. Peut-être le résultat d’une stratégie de tests bien plus active, et d’un système hospitalier plus solide.

L’Allemagne serait-elle, une fois de plus, le bon élève de l’Europe, celui à qui tout réussit grâce à sa légendaire efficacité et son sens civique? Il est peut-être un peu tôt pour le dire, alors que le nombre de décès continue à croître: vendredi 3 avril, il se situait à 1.017 morts, derrière l’Italie (13.915), l’Espagne (10.935) et la France (4.503, voir encadré).

Toutefois, le nombre de cas y est bien plus élevé qu’ailleurs en Europe. Rien de sorcier là-dedans: dès le début de l’épidémie, l’Allemagne s’est distinguée par un nombre de tests largement plus élevé qu’ailleurs, estimé à 5 fois plus qu’en France[i]. Ce qui permet aux personnes dépistées positives de se tenir à l’écart, et donc de ne pas transmettre le virus.

Autre particularité, l’Allemagne est le pays d’Europe dont le nombre de lits hospitaliers par habitant est le plus élevé (8 pour 1.000 habitants, contre 6 en France et 3,2 en Italie, selon des données 2017 de l’OCDE).

Un confinement plus libéral

Or à la différence de l’Italie ou de la France, l’Allemagne s’en tient, pour l’instant, à un confinement relativement souple. Certes, il est déconseillé aux citoyens de sortir de chez eux, et le télétravail y est très encouragé. Mais la seule obligation, pour les personnes qui souhaitent sortir (sans attestation dérogatoire), est de ne pas se regrouper à plus de deux personnes, ou de bien respecter une distance de sécurité de 1,5 mètre. A la différence de la France, où distanciation rime avec claustration, les Allemands continuent à sortir.

Les Etats-Unis, prochain épicentre du Covid-19. Si Donald Trump n’a que tardivement pris la mesure du problème, il semble désormais changer de ton. Mercredi 1er avril, il a reconnu que le Covid-19 pourrait faire 240.000 décès aux Etats-Unis, et estimait que les deux prochaines semaines seraient «rudes» et «très très douloureuses». Certes, plusieurs Etats n’ont pas attendu le signal présidentiel pour agir, dont la Californie, en confinement généralisé depuis le 19 mars. Vendredi 3 avril, les Etats-Unis ont battu le record du nombre de décès quotidiens, avec 1.169 morts en une seule journée.

Par ailleurs, l’ensemble des établissements scolaires, des bars, restaurants et des commerces non essentiels a été fermé. Pour le reste, beaucoup de décisions sont entre les mains des Länder: certains ont opté pour un confinement strict, à la française, tels que la Bavière et la Rhénanie-Du-Nord-Westphalie. D’autres s’en tiennent aux préconisations fédérales, comme les villes-Etats de Brême et de Hambourg. A Berlin, tout dépend de l’arrondissement: certains ont fermé leurs parcs, d’autres les laissent ouverts.

L’épidémie bientôt sous contrôle?

Si le nombre de morts, qui résulte des transmissions survenues une à deux semaines plus tôt, continue à augmenter en Allemagne, la hausse du nombre de cas semble ralentir. Signe, encore timide, que le contrôle épidémique est sur le bon chemin, le nombre de personnes infectées par une personne malade (l’indice R0) semble avoir atteint le seuil de 1 (contre 7 au début de l’épidémie), a déclaré vendredi 3 avril Lothar Wieler, président de l’Institut Robert Koch, en charge de la lutte contre le Covid-19. C’est en-dessous d’un R0 de 1 que le nombre de cas d’une maladie contagieuse commence à diminuer, l’épidémie à refluer.

A l’inverse de l’Allemagne, le Royaume-Uni semble quant à lui sur une pente hasardeuse: longtemps réticent à imposer le confinement, Boris Johnson, lui-même infecté, a dû se résoudre à le mettre en place, le 24 mars (une semaine après la France). Probablement un peu tard, tant le virus semble avoir rapidement circulé: le pays, désormais quatrième européen pour le nombre de décès (3.605 décès), dépasse désormais la France pour la hausse quotidienne.

En France, hécatombe dans les Ehpad

Jusqu’au jeudi 2 avril, Santé publique France ne faisait état que des décès survenus dans les hôpitaux, ne disposant pas de données centralisées sur les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Le premier bilan est enfin tombé: en plus de 4.503 décès hospitaliers au 2 avril, la France en recense à ce jour au moins 884 en Ehpad et établissements médico-sociaux (EMS). Il ne s’agit que d’un bilan partiel, tous les Ehpad n’ayant pas encore transmis leurs données.

Au national, la connaissance de l’épidémie est fortement limitée par la (faible) activité de tests: seuls 59.105 cas ont été confirmés au jeudi 2 avril. Selon le bilan hebdomadaire publié jeudi 2 avril par Santé Publique France, le réseau Sentinelles, qui surveille les infections respiratoires aigues, estime à 90.607 (intervalle de confiance entre 65.415 et 115.799) le nombre de personnes ayant consulté un généraliste pour un Covid-19 en semaine 13 (du 23 au 29 mars). Du côté des consultations de SOS Médecins, on avance le chiffre de 12.167 consultations pour suspicion de Covid-19 pour la même semaine.



[i] Selon le point épidémiologique hebdomadaire publié jeudi 2 avril par Santé Publique France, 195.408 tests ont été pratiqués entre le 24 février et le 27 mars en milieu hospitalier, 28.846 tests dans les laboratoires de ville entre le 24 février et le 30 mars.