Le ministère de l’agriculture annonce l’interdiction du Cruiser

Le 30 mars 2012 par Geneviève De Lacour
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Les apiculteurs réclamaient l'interdiction du Cruiser depuis longrtemps
Les apiculteurs réclamaient l'interdiction du Cruiser depuis longrtemps

Le ministère de l'agriculture n’a pas attendu longtemps pour réagir. Après la publication dans la revue Science d'une étude française (voir JDLE) de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) montrant les effets nuisibles du thiamethoxam sur les abeilles, le ministère a annoncé dans la soirée du 29 mars qu'il envisageait d'interdire le pesticide Cruiser OSR, du groupe suisse Syngenta.

Mais il a aussi annoncé qu’il souhaitait attendre d'ici fin mai un avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur cette étude. Si l’Anses confirme les résultats des scientifiques, alors l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR, utilisé sur le colza, sera retirée, affirme le gouvernement.

De son côté, le groupe Syngenta conteste les conclusions de l’étude scientifique. Le Suisse, numéro un mondial de l'agrochimie, estime dans un communiqué que l'étude portant sur le thiamethoxam, l'une des matières actives du Cruiser OSR, utilisé sur le colza, comporte «deux biais fondamentaux». Selon lui, la dose d'insecticide administrée est «au moins 30 fois plus élevée que celle du nectar de colza protégé avec du Cruiser». Pour atteindre la quantité de thiamethoxam retenue dans l'étude, l'abeille devrait consommer quotidiennement jusqu'à 7 fois son propre poids en nectar, affirme Syngenta. Ce dernier conteste par ailleurs les conséquences du pesticide sur le nombre d'abeilles pendant le temps de la floraison.

Axel Decourtye, chercheur à l'Acta et co-auteur de l’étude scientifique conteste les affirmations de Syngenta, indiquant que son expérimentation a été conduite avec une dose qui peut être rencontrée en conditions réelles. «Pour autant, le travail des chercheurs consistait à regarder le danger de ce pesticide sur l'abeille, pas l'exposition des abeilles en condition réelle», précise-t-il, avant de compléter: «Ce n'est pas à nous, et encore moins à la firme, de définir s'il y a risque ou pas, ce sont les instances officielles qui ont mission de statuer là-dessus».

Syngenta affirme par ailleurs que, contrairement à ce que disent les chercheurs, il n'y a pas de baisse de poids des colonies au cours de la floraison du colza traité au pesticide et évoque des études fournies par la firme pour la demande d'autorisation de mise sur le marché.

«Les données de Syngenta, ça ne suffit pas», rétorque Axel Decourtye, pour qui il faut confirmer les résultats scientifiques avec un usage agricole du produit, mais de façon indépendante. Il note aussi qu'il faut tenir compte de l'effet distance entre le champ traité et la ruche, ce qui n'est pas forcément le cas des études évoquées par la firme suisse. Les chercheurs ont pu constater que si, à courte distance, il n'y a pas d'effet observable, à 1km de distance, qui est un rayon moyen de butinage, on observe des effets de désorientation.

Autre réaction, mais de la part des apiculteurs. Olivier Belval, président du syndicat des apiculteurs (Unaf), estime que l’annonce faite par le ministère de l’agriculture s'inscrit dans un contexte de période électorale: «On est habitué à ce genre de réaction qui consiste à dire 'on va faire un suivi pendant un mois, un an' et ainsi endormir encore la vigilance des populations».

Se félicitant du nouvel éclairage apporté par l'étude sur le problème largement connu de la disparition des abeilles, Olivier Belval demande que le gouvernement passe immédiatement à l'interdiction de ce pesticide. «Le ministre s'y était engagé, il a maintenant les éléments scientifiques en main et il ne reste plus qu'à prendre la décision d'annuler directement l'autorisation de mise sur le marché sans passer par une nouvelle évaluation», précise-t-il.

Le 13 juillet 2011, le ministre de l'agriculture s'était en effet engagé devant l'Assemblée nationale, dans une réponse à l'élue des Verts, Anny Poursinoff, à retirer immédiatement l'autorisation du Cruiser OSR si l'incidence négative de son utilisation sur la reproduction et les populations des abeilles était prouvée.

France Nature Environnement (FNE), voit un «message extrêmement positif dans l'annonce jeudi soir [29 mars] du gouvernement», tout en restant prudent dans l'attente des résultats de l'évaluation. «Cela fait 4 ans qu'on alerte sur les dangers de cette substance pour les pollinisateurs», rappelle Marie-Catherine Schulz-Vannaxay, chargée de mission Agriculture pour FNE. Avant d’ajouter: «On savait que ces produits présentent un danger, mais on avait un manque d'évaluation pour ce qui se passe dans la réalité, lorsque les abeilles sont confrontées à ces substances dans les champs. Maintenant, on a des éléments nouveaux».

 



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