Le mésocosme, le cresson et le bisphénol A

Le 15 novembre 2013 par Marine Jobert
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Les mésocosmes de l'Ineris.
Les mésocosmes de l'Ineris.
©INERIS

Le mésocosme est à la mer ce que l’aquarium du laboratoire est à la piscine: un milieu aquatique vivant, peuplé d’espèces animales et végétales chahutées par le courant. La science réglementaire a régulièrement recours à ces dispositifs expérimentaux clos, qui servent à évaluer le comportement, le devenir et les effets à long terme des substances chimiques sur la structure et le fonctionnement des populations et de l’écosystème en son entier, en étudiant leurs interactions. Un lieu d’expérimentation intermédiaire (beaucoup plus réaliste que la paillasse, mais moins complexe que les cours d’eau qui s’écoulent librement) que l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) utilise depuis 1995 pour mener des recherches en écotoxicologie dans le cadre de projets publics. Les résultats obtenus sur les effets du bisphénol A (BPA) sur des poissons et observés dans un mésocosme, sont utilisés par l’Ineris pour vanter les mérites d’un dispositif qu’il peut être amené, en tant qu’établissement public, industriel et commercial (Epic), à mettre au service d’industriels.

De l’eau vive et du BPA

Les mésocosmes de l’Ineris se présentent sous la forme de canaux de 20 mètres de long, 1m de large et 30 à 70 cm de profondeur, dans lesquels vont s’ébattre bactéries, champignons, planctons, invertébrés ou poissons, sur un lit de sédiments. A l’eau vive qui y circule, ont été adjoints trois niveaux de concentration de BPA (1, 10 et 100 microgrammes par litre). Pour mémoire, l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) indique qu’au niveau international, le BPA est régulièrement retrouvé dans les eaux de surface à des concentrations comprises entre la dizaine de nanogrammes par litre et la dizaine de µg/L. «A ces concentrations, l’induction de marqueurs biologiques de la perturbation endocrinienne est observée chez certaines espèces», rappelle l’Ineris.

La perturbation hormonale du cresson?

Dès 59 jours d’exposition à 100 µg/L, plusieurs effets ont été relevés, tant sur la faune que sur la flore. Avec une surprise de taille: deux plantes aquatiques (le cresson et la callitriche) connaissent une croissance plus lente et une diminution de volume. «Il existe des phyto-hormones, mais je ne saurais pas vous dire quel est le mécanisme qui est ici en jeu, indique Eric Thybaud, responsable du pôle Dangers et impact sur le vivant à la direction des risques chroniques à l’Ineris. Il existe peu de données sur les effets du BPA sur les végétaux. Mais il est fort possible que cette diminution du volume de ces macrophytes soit un effet indirect du BPA.» En clair, que les organismes brouteurs, du fait du manque de diversité dans la nourriture («le mésocosme, ce n’est pas la vraie vie!») soient plus voraces que dans le milieu naturel.

Des poissons aux gonades atrophiées

Les épinoches à trois épines réagissent au BPA aux trois concentrations. A 100 µg/L, les adultes sont plus nombreux et la taille standard des juvéniles est plus grande qu’aux autres niveaux de concentration. Effet indirect (abondance de certaines proies) ou effet direct (atrophie des gonades) du BPA? Les scientifiques ne tranchent pas. Pour une concentration de 10 µg/L pour les mâles et de 1µg/L pour les femelles, seuls des impacts physiologiques (l’atrophie des gonades) sont observés, sans que l’on sache bien si cela peut avoir des effets sur la reproduction des populations, la durée de l’expérimentation ne permettant pas de le vérifier.

Abaisser les seuils d’alerte

Autant de résultats qui amènent l’Ineris à formuler une nouvelle valeur de NOEC pour le BPA (à 5,6 µg/L) un acronyme qui désigne une concentration nominale pour laquelle aucun effet n’a été observé sur l’environnement. «Il ne s’agit pas d’une valeur-seuil de référence pour l’environnement», prévient Eric Thybaud, celle-ci étant obtenue après administration de plusieurs coefficients dits de sécurité pour coller le plus possible aux conditions réelles d’exposition. Reste que l’Ineris va bien au-delà de la valeur retenue par l’Union européenne qui, en 2003, avait fixé à 16 µg/L de BPA la valeur de la NOEC (qui sert in fine à fixer la valeur-seuil). Le BPA, en tant que polluant émergent dans l’eau, pourrait rejoindre la liste des substances prioritaires qui seraient contrôlées lors de campagnes de mesures, qui passeraient d’exceptionnelles à cycliques.

 

 



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