Le mercure, également une menace pour la faune antarctique

Le 04 avril 2014 par Romain Loury
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le skua menacé par le mercure
le skua menacé par le mercure

Comme en Arctique, la faune antarctique pourrait voir ses chances de survie amoindries par la pollution chimique. Un phénomène déjà visible chez les skuas, grands oiseaux des terres australes, dont la contamination au mercure sape le succès reproducteur, selon une étude française publiée dans la revue Ecology.

Grands prédateurs qui n’hésitent pas à se nourrir des œufs et des petits d’autres oiseaux, les skuas engendrent chaque année un à deux poussins qu’ils reviennent pondre chaque année au même endroit, au retour de longues migrations. Cette fidélité géographique a permis à l’équipe d’Olivier Chastel, du Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC, CNRS) dans les Deux-Sèvres [1], d’analyser la démographie de deux groupes, l’un de skuas antarctiques (Terre Adélie), l’autre de skuas subantarctiques (îles Kerguelen), sur une période de 10 ans.

Chaque année, les chercheurs se sont rendus sur les deux mêmes lieux de ponte, où ils capturaient une centaine de skuas sur lesquels ils pratiquaient une prise de sang, avant de les baguer et de les relâcher. L’année suivante, ils revenaient afin de mesurer le succès reproducteur des couples, comparé au taux sanguin de mercure de chaque individu.

Que ce soit en Terre Adélie ou aux îles Kerguelen, le mercure ne semble pas perturber la survie des individus, ni même leurs chances de reproduction. Il agit plutôt sur le succès reproducteur: les poussins engendrés par les individus les plus imprégnés ont moins de chances de survivre au-delà de quelques jours.

Pour Olivier Chastel, contacté par le JDLE, le mercure, avec ses effets de perturbateur endocrinien, «perturberait les hormones impliquées dans les soins parentaux». Un phénomène que le chercheur a observé en 2013 chez les mouettes tridactyles du Spitzberg, dans l’Arctique, dont le niveau d’hormone lutéinique, impliquée dans la reproduction, est altéré par le mercure.

Un effet plus marqué en Antarctique

De manière a priori paradoxale, les skuas antarctiques présentent un taux de mercure trois fois moins élevé que celui de leurs cousins subantarctiques, bien que l’effet du métal lourd soit plus marqué chez eux. Olivier Chastel explique cette sensibilité accrue par «les conditions climatiques et environnementales plus difficiles» dans lesquelles vivent les skuas antarctiques, voire par une plus grande imprégnation par d’autres polluants, tels les PCB ou les pesticides.

Les chercheurs sont parvenus à définir des taux de mercure au-delà desquels la contamination entraînerait un déclin démographique. Or nous n’en sommes plus très loin, notamment en Antarctique. Au vu de la hausse attendue du mercure, «on peut prédire un impact sur la démographie de l’espèce dans une vingtaine ou une trentaine d’années», avance Olivier Chastel.

Selon le chercheur, la situation demeure toutefois plus critique en Arctique, où l’«on a vu une baisse des effectifs de goélands au cours des années 1980-1990 du fait des PCB». Si ces polluants interdits sont en diminution, d’autres perturbateurs endocriniens sont venus les remplacer, dont les composés perfluorés. De quoi fragiliser un peu plus des espèces déjà confrontées à «de multiples menaces, dont le réchauffement climatique et le captage des ressources alimentaires par la  pêche».

[1] L’étude a été menée en collaboration avec le laboratoire LIENSs (Littoral Environnement Société, CNRS/université de La Rochelle).



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