Le mercure atmosphérique absorbé par la végétation

Le 04 avril 2018 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
La moitié du mercure atmosphérique absorbé par les plantes
La moitié du mercure atmosphérique absorbé par les plantes

La végétation constitue une «pompe» à mercure atmosphérique, ce qui pourrait expliquer ses variations saisonnières, proches de celles du CO2, révèle une étude publiée lundi 2 avril dans Nature Geoscience.

 

Du fait de rejets industriels et de la combustion de charbon, entre 2.000 et 3.000 tonnes de mercure sont émises chaque année. Or le taux atmosphérique de ce métal lourd oscille au fil de l’année, de la même manière que le CO2. Absorbé par les plantes pour leur photosynthèse, le CO2 voit en effet ses concentrations atteindre un minimum à la fin de l’été (lorsque la végétation est la plus dense), et un maximum au cours de l’hiver.

Jusqu’alors, les raisons des variations saisonnières du mercure demeuraient peu connues. Parmi les hypothèses, celle d’émissions plus fortes en hiver, notamment par la combustion de charbon pour le chauffage, ou encore celle d’une plus forte oxydation, en été, du mercure Hg(0) en mercure Hg(2), modification chimique qui favorise son dépôt au sol.

Des variations identiques au CO2

Martin Jiskra, du laboratoire Géoscience environnement Toulouse (CNRS, IRD[1], université de Toulouse), et ses collègues montrent que, comme pour le CO2, la végétation joue un rôle crucial dans ce phénomène saisonnier. A ce jour, plusieurs études avaient révélé une absorption du mercure atmosphérique par les feuilles, puis son transfert au sol lors de la chute des feuilles, sans qu’on sache quelle était l’importance de ce phénomène.

Les chercheurs montrent ainsi que les variations saisonnières de CO2 et de mercure atmosphériques, mesurée dans cinq stations de mesure,  sont semblables. Y compris sur l’ile Amsterdam, petite île française du sud de l’océan Indien, entourée de 3.000 km d’océan de part et d’autre: en raison d’une faible contribution végétale, le CO2 et le mercure ne présentent quasiment aucune variation saisonnière.

Corrélation avec l’indice de végétation

L’équipe a ensuite analysé 44 stations de mesure de l’hémisphère nord: les corrélations entre l’indice de végétation (NDVI, Normalized Difference Vegetation Index) et les variations du mercure sont plus marquées sur les sites les plus éloignés des côtes, qui offrent plus de place à la végétation. Seule exception notable, les sites urbains, peu végétalisés, où le taux atmosphérique dépend principalement des émissions.

La moitié du mercure transite par les plantes

Selon les chercheurs, 1.000 tonnes de mercure atmosphérique seraient ainsi séquestrées par la végétation chaque année, soit environ la moitié des émissions annuelles. La végétation, dont la productivité mondiale a crû de 30% au 20ème siècle (du fait de la hausse du CO2), pourrait ainsi avoir compensé les émissions croissantes de ce métal lourd.

«Bien que l’absorption par les feuilles séquestre le mercure de l’air, la litière d’automne le transfère ensuite aux sols. Le mercure contenu dans les sols finit par s’écouler dans les écosystèmes aquatiques, y compris les lacs et les océans, où il s’accumule jusqu’à des niveaux toxiques dans les poissons», concluent les chercheurs dans un communiqué.



[1] CNRS: Centre national de la recherche scientifique; IRD: Institut de recherche pour le développement.

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus