Le mercure agite les enfants inuits

Le 18 octobre 2012 par Romain Loury
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Dangereux pour tous le plomb de chasse.
Dangereux pour tous le plomb de chasse.

L’exposition in utero au mercure est liée à un risque accru de troubles de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) durant l’enfance, selon une étude québécoise menée chez des inuits et publiée dans la revue Environmental Health Perspectives. Si les Inuits sont particulièrement exposés à la pollution chimique, c’est en partie à cause de leur consommation élevée de poissons et de mammifères marins, dont la chair contient des niveaux élevés de mercure et de polychlorobiphényles (PCB). Des substances qui ne sont pas sans impact sur le développement psychologique du jeune enfant, révèle l’étude de Olivier Boucher, du centre hospitalier universitaire de Québec, et ses collègues.

Menés sur 279 enfants inuits du Nunavik, territoire du nord du Québec, ces travaux révèlent qu’une exposition in utero élevée au mercure, mesuré dans le sang de cordon, est liée à un risque de TDAH multiplié par plus de 3. Hypothèse la plus plausible, une perturbation du système dopaminergique, circuit cérébral impliqué dans ce trouble du comportement. L’étude révèle aussi un risque accru chez les enfants dont le sang, mais pas le sang de cordon, est le plus concentré en plomb.

Provenant des balles utilisées pour la chasse, cet élément chimique a aussi été impliqué dans le TDAH, probablement en altérant le développement du cortex préfrontal, crucial pour le contrôle des impulsions. Les chercheurs n’ont en revanche trouvé aucun lien avec les PCB mesurés dans le sang ou le sang de cordon. Ce résultat négatif, qui contredit d’autres études, s’expliquerait par des PCB de type différent de ceux présents plus près des sources de contamination. Les enfants inuits semblent particulièrement enclins aux TDAH.

Souvent franchi au Nunavik, le seuil critique de 11,4 microgrammes (µg) de mercure par litre de sang de cordon –déterminé par les chercheurs- est rarement atteint en population générale, que ce soit au Canada ou aux Etats-Unis. Quant au plomb, les auteurs disent observer des effets dès 1,6 µg/dl de sang, bien en dessous du seuil de 10 µg/dl jugé à risque pour l’exposition in utero. Ce résultat «confirme le besoin de revoir à la baisse le niveau tolérable pour les enfants et de lancer des interventions afin de réduire l’exposition au plomb», concluent les chercheurs.



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