Le médicament, du malade à l’eau potable

Le 22 septembre 2006 par Agnès Ginestet
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Les systèmes de dépollution de l'eau n’ont pas été conçus pour éliminer les substances médicamenteuses. On en retrouve donc dans les eaux usées et les rivières. Mais l’eau des robinets, elle, serait dépourvue de ces micropolluants.

Une personne malade ne pense pas à ce que vont devenir les antibiotiques ou les anti-cancéreux qu'elle absorbe. En effet, certaines molécules sont dégradées par notre organisme, mais d'autres sont éliminées dans nos urines sans être totalement modifiées. Conséquence: elles se retrouvent dans les égouts où elles côtoient les autres polluants provenant des détergents, des produits ménagers ou des cosmétiques. Elles suivent donc un long parcours, des urines d'un patient à l'eau potable, en passant par les rivières.

Dans les hôpitaux, les urines contenant des médicaments ne reçoivent pas de traitement spécifique. Les substances radioactives font toutefois l'objet d'une circulaire et d'un arrêté (1) visant à limiter leur diffusion dans l'environnement. Mais les effluents des hôpitaux se mélangent de toute façon à ceux des habitations qui contiennent aussi parfois des médicaments.

A leur arrivée en station d'épuration (Step), les molécules empruntent chacune un chemin différent: en fonction de leurs caractéristiques chimiques (volatilité, affinité pour l'eau, biodégradabilité…). Par exemple, si l'ibuprofen passe à travers les Step et se retrouve à environ 0,07 microgramme par litre dans l'eau de sortie, le diclofenac y est retenu. D'une manière générale, selon Jean Duchemin, ingénieur sanitaire à l'Agence de l'eau Seine-Normandie, les Step sont équipées pour éliminer la matière organique, les matières en suspension, l'azote et le phosphore qui sont présents à des concentrations de l'ordre du milligramme par litre. L'élimination des médicaments, présents à des concentrations de 10 à 100 nanogrammes par litre n'est, elle, pas totale.

Après rejet dans les rivières, les substances sont diluées dans de grandes quantités d'eau. Si elles parviennent à l'usine d'eau potable, les opérations de floculation, précipitation, oxydation à l'ozone et fixation sur charbon actif les retiennent. Au bout du compte, le constat est rassurant dans notre pays où les Step et usines d'eau potable sont bien équipées et constituent des barrières efficaces contre les substances polluantes. «Il n'a pas été décelé de médicaments dans l'eau potable en France», note Yves Lévi, professeur à la faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry (Université Paris XI).

Pour le moment, le thème des médicaments dans l'eau est peu présent dans les programmes de recherche français. Mais dans le cadre du Plan national santé environnement, les agences de l'eau sont amenées à faire un état des lieux des médicaments dans l'eau. Pour Yves Lévi, il faudrait déterminer quelles molécules résistent le plus aux traitements de l'eau et surtout, instaurer un véritable programme toxico-pharmacologique permettant une analyse des risques.

Finalement, la priorité du moment en ce qui concerne les médicaments est de savoir si leur présence dans l'eau des rivières constitue un véritable risque pour la faune et la flore, voire pour la santé humaine en cas d'exposition des populations. «Le traitement de l'eau par membrane nécessite une dépense importante en énergie. Il conviendrait donc, dans un souci de développement durable, de ne l'appliquer que pour les eaux à risque», a indiqué Jean Duchemin. 



(1) Circulaire DGS/SD 7 D/DHOS/E 4 n° 2001-323 du 9 juillet 2001 relative à la gestion des effluents et des déchets d'activités de soin contaminés par des radionucléides, et arrêté du 21 janvier 2004 relatif à l'information des personnes exposées aux rayonnements ionisants lors d'un acte de médecine nucléaire (J.O. du 6 février 2004)

(2) Résultats de l' étude menée dans le cadre du programme français Enimed





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