Le Luxembourg conjuguera gratuité des transports et investissements

Le 02 mars 2020 par Victor Miget
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Au Luxembourg, le réseau de Tram devrait être agrandit.
Au Luxembourg, le réseau de Tram devrait être agrandit.

Samedi 29 février, le Luxembourg est devenu le premier Etat européen à rendre ses transports publics gratuits. Objectif : réduire l’utilisation de la voiture individuelle et booster les transports en commun.

 

Depuis août 2018, les transports publics luxembourgeois étaient déjà gratuits pour les moins de 20 ans. Depuis samedi, la gratuité a été étendue à tous. Les distributeurs de tickets disparaîtront progressivement des gares et les agents seront reclassés. La première classe dans les trains et les voyages transfrontaliers resteront payants.

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Le gouvernement de coalition de Xavier Bettel souhaite inciter les usagers à laisser leur voiture au garage au profit des transports en commun. 

Le Luxembourg est le champion du nombre de véhicules pour 1.000 habitants (650), devant l’Italie (600). Et en matière de transports publics, le Grand-Duché part de loin. 40 % des ménages y ont recourt. Selon une enquête réalisée en 2018 par l’institut d'étude de marché TNS Ilres, les voitures représentaient 47% des voyages d'affaires et 71% des transports de loisirs. 32% pour le bus, et un modeste 19% pour le rail. Les quelques 200.000 transfrontaliers qui franchissent la frontière quotidiennement sont eux-aussi majoritairement derrière le volant.

Transition. En parallèle, le gouvernement souhaite doubler le nombre de places des parkings relais et de points de recharge pour les véhicules électriques. Les réseaux de pistes cyclables et de tramway devraient être étendus. A également été évoquée une flotte de bus 0 émission d’ici 2030.

L’initiative a été applaudit par certains comme la députée européenne et présidente de la commission transport, Karima Delli (EELV). La parlementaire écologiste salue une mesure bonne pour l’environnement et le porte-monnaie. D’autres par contre s’en inquiètent. «On a investi durant des années dans la construction de routes. Le gouvernement fait des efforts, mais on a un énorme retard en ce qui concerne le développement des transports en commun», a expliqué à l’AFP Blanche Weber, présidente du Mouvement écologique luxembourgeois.

Des investissements massifs            

De 2003 à 2018, le nombre d’utilisateurs des transports en commun a bondi de 70% dans le Grand-Duché. Sur cette même période, la population du Luxembourg augmentait de 40%.

Pour la militante, l’amélioration de l’offre doit primer sur la gratuité. Un point de vue soutenu par de  nombreux professionnels et associations. La gratuité entraînerait potentiellement une surexploitation du réseau et occasionnerait un manque à gagner pour la collectivité, qui devra trouver d’autres ressources pour financer l’entretien et le développement des infrastructures.

Mais a priori, l’Etat Luxembourgeois continuera d’investir. «Nous prévoyons que les besoins de mobilité augmenteront de 20% d’ici à 2025. Nous devrions être en mesure de faire face à cette augmentation en développant continuellement les transports publics», estime-t-on au ministère de la Mobilité et des Travaux publics.  

Le riche petit Etat de 610.000 âmes va consacrer 3,2 milliards d’euros pour accroître les capacités du réseau ferroviaire jusqu’en 2027. Ce qui s’ajoutera aux 2,8 milliards d’euros ont déjà investis entre 2008 et 2019. Le gouvernement a chiffré le coût de la gratuité à 41 millions d’euros par an. Soit 8% des 500 millions d’euros alloués à la mobilité en 2020. Le manque à gagner sera comblé par… le contribuable.  Suivant l’adage : la gratuité n’est jamais vraiment gratuite !