Le loup nord-américain dicte sa loi au coyote et au renard

Le 17 juin 2014 par Romain Loury
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Renart et Ysengrin, des relations complexes
Renart et Ysengrin, des relations complexes
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En Amérique du Nord, la présence du loup affecte la répartition des mésoprédateurs: il y diminue la présence du coyote, tout en accroissant celle du renard, selon une étude publiée dans le Journal of Animal Ecology.

La grosse bête mange souvent la petite… même parmi les prédateurs, surtout lorsqu’ils sont en compétition. C’est ainsi qu’en Amérique du Nord, le loup peut tuer le coyote, dans une moindre mesure le renard, tandis que le coyote tue le renard. Or dans certaines régions du Canada où le loup est bien établi, les populations des deux mésoprédateurs s’en ressentent.

Thomas Newsome et William Ripple, deux chercheurs de l’Oregon State University de Corvallis (Etats-Unis), ont étudié les statistiques de retour des fourrures (coyotes, renards) depuis 1982 dans deux provinces canadiennes, la Saskatchewan et le Manitoba [1]. Constat principal: en présence du loup, dans le nord de ces provinces, le renard surpasse le coyote à raison de 4 pour 1 (voire 500 pour 1 dans les cas les plus extrêmes). Il redevient minoritaire en absence du loup, dans le sud, avec 3 coyotes pour 1 renard.

«Lorsque les loups ont été éradiqués de la moitié sud de l’Amérique du Nord, les coyotes ont considérablement agrandi leur territoire», notamment vers le nord, explique Thomas Newsome dans un communiqué de son université. Comme en Europe, le loup, restreint au nord du Canada et à l’Alaska au début du 20ème siècle, recolonise peu à peu ses anciens territoires, réoccupant actuellement 15% des Etats-Unis (hors Alaska).

Et en France?

Qu’en est-il de nos mésoprédateurs européens, en particulier le renard: seront-ils affectés par le retour du loup? Avec une population de loups certes croissante, mais qui n’est encore que de 300 individus, rien ne permet encore de le savoir, estime Eric Marboutin, chef de projet loup et lynx à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), contacté par le JDLE.

De manière très «anecdotique», l’analyse d’excréments de loups a révélé des traces de renard (signature génétique, présence de quelques poils), indique Eric Marboutin. Un phénomène qui ne concernerait que «quelques pourcents» des excréments retrouvés, et relèverait de morsures de loup infligés au renard, par exemple lorsque celui-ci s’approche trop près d’une carcasse d’ongulé. Selon Eric Marboutin, on retrouve le même type de relation entre le lynx et le chat forestier.

En matière d’interaction des espèces avec le loup, on en connaît en revanche bien plus sur ses proies naturelles, et ce grâce au Programme prédateur-proies lancé en 2004 dans le parc national du Mercantour par l’ONCFS, le CNRS et la Fédération départementale des chasseurs d’Alpes-Maritimes.

Les effets varient selon les espèces: chez le chamois, on observe ainsi un «effet loup» en présence de kératoconjonctivite (une maladie oculaire qui touche aussi les ovins, les bouquetins et les cerfs), avec une baisse du taux de survie. Chez le chevreuil, cet «effet loup» est observé lors d’hivers plus rigoureux, plus neigeux. Pour les deux espèces, l’impact sur la population dépend de la démographie initiale, en particulier de son niveau de croissance. Rien de tel n’a en revanche été retrouvé chez le cerf.

[1] Cette méthode très indirecte d’évaluation des populations présente un défaut majeur: «de forts facteurs de biais incontrôlable a posteriori au cours du temps et dans l'espace (pression de piégeage, prix à l'achat des fourrures selon les espèces) font qu'on est en général obligé de faire l'hypothèse que ces facteurs sont constants (espace, temps, pas d'interaction avec l'espèce concernée)», signale Eric Marboutin, chef de projet loup et lynx à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), qui y voit «une hypothèse peut-être un peu osée».



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