Le loup, entre problème de santé publique et casus belli politique

Le 29 août 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Les troupeaux attaqués par le loup sont moins fertiles.
Les troupeaux attaqués par le loup sont moins fertiles.

La tension continue de monter entre les syndicats agricoles et l’Etat, à mesure que la présence de Canis Lupus Lupus s’étend sur le territoire national. Même si l’animal est loin d’être la première cause de mortalité pour les ovins, sa réapparition provoque des réactions très acerbes chez les éleveurs. Et de la détresse psychologique.

Le loup est-il aussi en passe de devenir un problème sanitaire? La Mutuelle sociale agricole (MSA)[1] semble le penser, qui consacre un reportage de 9 minutes -intitulé «Les morsures invisibles»- aux souffrances psychologiques des éleveurs confrontés au retour naturel du canidé en France. Un jeune éleveur y évoque la quasi-paranoïa qui le saisit à force de scruter à la jumelle le moindre rocher à la recherche d’un museau suspect. «Mais tu le vois pas, il est trop intelligent», lâche-t-il, racontant le troupeau, au matin, dont monte un halètement rauque. Et cette brebis à la gorge à moitié arrachée, qui macule ses congénères de sang. «Là, tu prends ton opinel et tu la sèches.» «Une brebis qui meurt, c’est un drame», explique un autre, qui dit passer plus de temps avec les bêtes qu’avec sa femme. «Nos enfants [et les brebis], c’est pareil», confirme un troisième.

 

Syndromes post-traumatiques

Dans un mémoire intitulé «Le retour du loup en France, conséquences sur l’activité professionnelle des éleveurs-bergers et les répercussions sur leur santé», soutenu en 2011 dans le cadre de l’Institut national de médecine agricole, Nathalie Bugeaud confirme les syndromes post-traumatiques éprouvés par ces éleveurs qui se sentent souvent abandonnés, incompris et menacés. Tout en notant que «les maladies telles que la brucellose ovine, la tremblante ou l’agalactie contagieuse, la fièvre catarrhale du mouton font bien plus de dégâts que le loup», la médecin constate que l’animal «entre directement en compétition avec l’homme et, entre autres, avec les éleveurs et bergers qui luttent eux aussi pour leur ‘survie en société’». «C’est pas qu’on soit contre le loup, mais c’est un métier qu’on ne peut pas partager avec le loup», résume un éleveur. Un numéro de téléphone a d'ailleurs été mis en place par la MSA Drôme Ardèche Loire -«MSA détresse»-, avec des programmes de soutien pour toute la famille.

 

12 millions d’euros pour le loup

«Loup en liberté = agriculture en danger». Voilà l’un des slogans de la manifestation qui s’est tenue le 23 août dernier à Langogne (Lozère). Venus également d’Ardèche et de Haute-Loire, les agriculteurs sont près de 700 à avoir défilé, à l’appel de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs (et en partenariat avec la Fédération des chasseurs). Dans le seul département lozérien, 12 attaques attribuées au prédateur ont été comptabilisées depuis le 19 juin. La manifestation s’est achevée sur un jet de faux chèques, pour un montant de 12 millions d'euros. «C’est le coût du loup en France en 2012», a expliqué Julien Tuffery, le président départemental des Jeunes agriculteurs dans les colonnes de Midi Libre. Et d’ajouter, en dépit de toute évidence naturaliste: «Nous demandons à ceux qui nous ont amené le problème de le régler».

 

Union syndicale agricole

Un point de vue anthropocentrique qui rejoint celui exprimé par l’eurodéputé José Bové, absent à cette manifestation qu’il soutenait néanmoins. «Soit on met l’homme et le maintien des paysans comme une priorité, soit on met le loup et ça veut dire que l’espace disparaît. On aura des animaux hors sol à l’intérieur pour permettre au loup d’être sur l’espace.» Une position qui n’est pas nouvelle dans la bouche de l’ancien éleveur de brebis et qui fait écho à celle de la Confédération paysanne, le syndicat dont il a longtemps été le porte-parole. Pour une fois, les vues du syndicat paysan convergent avec celles de son adversaire de la FNSEA, qui somme l’Etat de choisir entre «maintenir une vitalité économique et sociale dans les zones de montagnes ou un ensauvagement et leur désertification». Dans un argumentaire publié sur son site, la Conf’ demande notamment à l’Etat «l’élimination des loups en situation de prédation sur les troupeaux», la simplification des procédures de tirs de défense et le déclassement du loup de la liste des espèces strictement protégées. Autant d’appels à réformer le plan Loup 2013-2017, qui prévoit le tir de 10% des effectifs français de loups, soit 24 bêtes. «La dynamique de la population de loups montre que l’espèce n’est pas en danger. L’obligation de résultats dans l’élimination des loups en situation de prédation conduit à supprimer l’existence de quota national restreint», estime la Conf’.

 

Deuxième loup tiré

Si José Bové est sorti du bois, c’est que l’Aveyron –où il vit- est visité de plus en plus régulièrement par les loups. «Un loup s’est fait écraser à l’entrée de Millau en février. Ses congénères peuvent désormais arriver sur le rayon Roquefort.» Des installations lupines que confirme l’Office national de la chasse et la faune sauvage (ONCFS) tant sur les Grands Causses Méjean, Sauveterre, que sur le mont Lozère. Dans le bulletin semestriel du réseau Loup Lynx pour la période allant de janvier à juin 2013, l’Office reste toutefois prudent: «Ces observations isolées ne présagent en rien de l’installation future de l’espèce à court terme dans les massifs concernés. Le système de dispersion des animaux sur de grandes distances à la recherche de nouveaux territoires est une caractéristique biologique bien connue de l’espèce». Par ailleurs, l’Office prévoit un effectif probable de 300 loups en 2013 et de 350 loups en 2014. Enfin, il y a quelques jours, 4 associations ont protesté après préfet des Vosges, suite à la publication d'un décret autorisant un tir de défense de la part d’un éleveur à la Bresse, «bien qu’il n’y ait pas eu d’attaque sur le massif depuis un mois», remarquent-elle. Le 26 août, un 2ème loup était abattu par un chasseur agrée sur la commune de Belvédère, dans les Alpes-Maritimes.

 

 

 



[1] La MSA prend en charge les actifs non salariés, comme les chefs d’exploitation ou les employeurs de main-d’œuvre, les salariés agricoles, ainsi que leurs ayants droit et les retraités.

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus