Le loup, dernière victime des sables bitumineux canadiens

Le 23 avril 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Chaque mine de sables bitumineux s'étend, en moyenne, sur 25 km2.
Chaque mine de sables bitumineux s'étend, en moyenne, sur 25 km2.
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La destruction des forêts anciennes par les mines de sables bitumineux fait fuir les caribous canadiens. En toute logique, les autorités pointent le loup du doigt. Et le font abattre. Sans succès.

Aux yeux des écologistes et des climatologues, les sables bitumineux sont la malédiction qui frappe le Canada. Avec ce mélange de silice, huile, argile, eau et bitume, le pays à la feuille d’érable dispose de réserves considérables d’hydrocarbures. La seule province de l’Alberta estime à 168 milliards de barils les réserves de bitume récupérable.

Exploiter le pétrole à ciel ouvert

Solides, ces hydrocarbures sont présents à faible profondeur dans le sol. Ils sont donc exploités dans de gigantesques mines à ciel ouvert. Chaque installation s’étend sur une surface moyenne de 25 kilomètres carrés. Très polluantes, ces installations sont aussi très bruyantes. Il n’est pas rare d’y voir des tombereaux de plusieurs centaines de tonnes faire la navette entre les sites d’extraction et les usines de traitement.

Après avoir détruit son habitat, les mines de sables bitumineux font fuir toujours plus loin le caribou. Solitaire (chaque individu vit sur un territoire d’une centaine de km2), le quadrupède est aussi très craintif. Il constitue une proie de choix pour les grands prédateurs, comme le puma ou le loup, qui le préfèrent souvent à l’orignal, le plus grand des cervidés.

Caribou pas menacé

Dans certaines zones de l’Alberta, le caribou se fait rare. Il migre vers les forêts du nord, où personne ne lui dispute son lichen favori. Loin des yeux des hommes, le caribou est parfois considéré comme une espèce menacée. A tort. De 16 à 27.000 individus peuplent les forêts de la seule Colombie britannique.

Mais l’appétit des loups pour le cousin nord-américain du cerf européen reste la raison officielle du déclin du caribou dans certaines régions. Et le canidé n’est pas du goût des autorités canadiennes. Depuis quelques années, le gouvernement de l’Alberta en  autorise la chasse de façon industrielle. Dans ces vastes contrées, on n’hésite pas à embarquer des snipers en hélicoptère. Question de rentabilité. Quand les hordes se cachent, les trappeurs des temps modernes empoisonnent les points d’eau à la strychnine. Question d’efficacité.

1.000 loups abattus

Ces 10 dernières années, estime l’agence Bloomberg, un millier de loups ont été ainsi décimés. Au nom de la préservation du caribou. Rien n’est fait, en revanche, pour limiter l’expansion des mines ou le percement de routes forestières qui, en réduisant les surfaces de forêts anciennes (où abonde le lichen), font détaler le cervidé. Toujours depuis 2005, l’Alberta a autorisé l’exploitation des sables bitumineux sur une surface de 25.000 km2. Mais, c’est Ysengrin, bien sûr, la cause de la raréfaction des caribous.

Ce discours fait aussi mouche en Colombie britannique. Depuis une dizaine d’années, la province la plus écolo du Canada stérilise les loups mâles. Insuffisant. Cet hiver, un programme quinquennal d’abattage a été engagé. «Le caribou a toujours été la proie du loup. Mais son rôle dans le déclin de certaines populations de caribou des montagnes ou de caribou boréal n’est qu’un symptôme de son habitat dégradé et non la cause», souligne Paul Paquet, professeur de biologie à l’université de Calgary et l’un des meilleurs spécialistes du loup nord-américain.



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