Le lac Poopó rayé de la carte en Bolivie!

Le 19 janvier 2016 par Yves Leers
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Le lac Poopó en voie d'assèchement.
Le lac Poopó en voie d'assèchement.
Lovisa Selander

Victime du réchauffement et de El Niño, le deuxième plus grand lac de Bolivie n'est plus qu'un vaste désert salé.

Imaginez dans quelques années un panneau le long d’une route de haute montagne bolivienne surplombant à plus de 3.600 mètres d’altitude une immense étendue aride: «Passant, souviens-toi. Sais-tu qu’il y avait un lac là où tu ne vois plus qu’un désert? Le lac Poopó a disparu en 2015, victime de la folie des hommes».

Inimaginable? C’est pourtant bien ce qui s’est passé pour le Poopó, le deuxième plus grand lac de Bolivie après le célèbre Titicaca dont il était le déversoir. A 3.684 m d’altitude, il s’étendait sur une superficie de 2.824 kilomètres carrés: 5 fois celle du Léman. Aujourd’hui, le lac Poopó est complètement à sec. Il n’en reste que quelques flaques et ce n’est pas la déclaration de «zone de désastre» prise le 18 décembre par les autorités régionales d’Oruro qui va y changer quoi que ce soit.

Comment expliquer pareil désastre? Le changement climatique et El Niño ont leur part de responsabilité. Lors des précédentes vagues de chaleur, jamais le lac n’avait été mis à sec. Même la saison des pluies, agrémentée de plusieurs pluies torrentielles en décembre, n’y a rien changé. Alors à qui la faute, les fautes? Pas seulement au réchauffement, mais aussi à l’incurie des hommes.

UN ECOSYSTEME TRES FRAGILE

Selon l’agronome Milton Pérez, de l’université technique d’Oruro, qui a constaté en décembre que le lac était «sans vie», l’augmentation des températures et la plus grande fréquence des phénomènes El Niño et La Niña ont accéléré le processus d’assèchement. El Niño et La Niña reviennent désormais tous les trois ans dans l’altiplano contre au moins sept auparavant, selon lui. Le Poopó est un écosystème très fragile, qui s’explique par une très faible profondeur, 4 m au plus, mais aussi parce qu’il s’agit d’un lac endoréique (qui ne débouche pas sur une mer).

Son eau ne peut que s’évaporer, ce qui favorise la concentration des minéraux par assèchement, explique l’agronome. Le lac se maintenait dans un équilibre plus ou moins instable mais cette fois son écosystème n’a pas eu le temps de s’adapter. Le réchauffement est devenu tellement fort que l’assèchement est sans doute définitif, selon les spécialistes. Le Poopó va donc rejoindre la liste des salars boliviens, ces anciens lacs que le soleil a fait disparaître, il y a des millénaires.

La culture à grande échelle du quinoa sur les rives du lac est également responsable de l’assèchement. Ce cousin de l’épinard est l’une des rares cultures vivrières à supporter le sol riche en sel des bords du lac. Enfin, le lac souffre depuis des siècles d’une pollution gravissime aux métaux lourds, due à la présence de résidus miniers comme le plomb, l’étain ou l’arsenic.

UNE CATASTROPHE POUR LE VIVANT

La faune a bien sûr subi le contrecoup de l’assèchement du lac et ce sont des centaines d’espèces animales et des milliers d’espèces végétales qui ont disparu: plus de poissons ni d’amphibiens, mais aussi plus de mammifères ni de reptiles qui venaient s’abreuver.

La mort du lac signe également la fin des 350 familles de pêcheurs qui vivaient du lac, issues d’une population andine très ancienne –les Urus– contrainte de s’exiler après avoir perdu ses terres reprises pour la culture (lucrative) du quinoa. En 2013, déjà bien conscients de ce qui se passait, les Urus ont marché jusqu’à La Paz pour dénoncer l’assèchement du lac et l’occupation de leurs terres.

En vain. La réaction des autorités a toujours été la dénégation jusqu’au jour où le gouverneur a survolé le site et a dû se rendre à l’évidence: le lac n’était plus un lac. Toutes les alertes précédentes n’ont pas vraiment été prises au sérieux par les autorités nationales, y compris par le président Evo Morales, originaire de la région. Les réunions ont succédé aux réunions depuis des années, les diagnostics aux diagnostics sans qu’aucun plan sérieux de protection de l’environnement n’ait été adopté et surtout appliqué.

Pourtant classé par la convention internationale de Ramsar sur les zones humides, déclaré «patrimoine national et réserve écologique» en 2000, et bénéficiaire d’un programme de bassin Cuenca Poopó (2010-2015) financé par l’Union européenne (15 millions d’euros), le lac n’a pu être sauvé en l’absence d’un plan sur l’utilisation de ses eaux par l’agriculture intensive et un dragage du rio Desaguadero qui alimente le lac. Tout cela sur fond de gaspillage ou d’une autre «ventilation» des fonds.

DEPOLLUER LE LAC TITICACA

En amont du lac Poopó, le lac Titicaca n’est pas non plus en très bon état, même s’il n’est pas menacé de disparaître. La pollution y est telle qu’elle menace la biodiversité de cet espace unique au monde que se partagent la Bolivie et le Pérou. Un accord prévoyant un investissement de 500 millions de dollars (458,7 €) vient d’être signé entre les deux pays pour renforcer la gestion environnementale et installer des usines de traitement des eaux usées. Pollué par les déchets qui s’y déversent directement, le lac Titicaca est aussi contaminé par des résidus miniers et l’agriculture dont les prélèvements sont excessifs. Outre des stations d’épuration, les chercheurs français de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ont proposé de planter des roseaux locaux (des totoras) pour favoriser un assainissement naturel.

Situé à 3.800 mètres d’altitude, le lac Titicaca s’étend sur 8.500 kilomètres carrés et plus 200 km de long. Contrairement à son voisin, il est très profond (près de 300 m) et il est alimenté par une vingtaine de cours d’eau qui lui amènent la pollution des villes riveraines. 

 



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