Le jatropha, pas bon pour le climat, pas bon pour la forêt

Le 24 mars 2011 par Célia Fontaine
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La production d’agrocarburant à partir du jatropha (Curcas curcas) émettrait plus de gaz à effet de serre que les énergies fossiles, selon une étude publiée le 23 mars par quatre ONG.

Le jatropha est une euphorbiacée, originaire du Brésil, dont les fruits produisent une huile qui peut servir à la fabrication d’un carburant pour les moteurs Diesel. Mais les quelques groupes[1] qui se sont lancés dans l’aventure ont accusé des résultats catastrophiques, la plante n’ayant pas le rendement attendu. Elle requiert en effet beaucoup plus d’eau que le colza ou les palmiers à huile, dont l’huile peut aussi servir à la fabrication d’agrocarburant. Le jatropha est aussi très vulnérable aux insectes et maladies, ce qui implique l’épandage d’importants volumes d’intrants, expliquaient les Amis de la terre dans un rapport de décembre 2010.

Malgré ces témoignages peu encourageants, le Kenya envisage de développer cette culture énergétique sur 50.000 hectares de terres, le plus souvent boisées, à Dakatcha, non loin de la côte de l'Océan indien.

Ce projet mené par la filiale kényane d'une société italienne, Nuove Iniziative Industriali, serait désastreux pour la nature et pour le réchauffement climatique, indique une étude réalisée par la société de conseil North Energy pour le compte d’Action Aid, de Birdlife International, de Nature Kenya et de la Royal society for the protection of birds (RSPB).

«Les émissions produites lors des processus de production et de consommation du jatropha émettraient entre 2,5 et 6 fois plus de gaz à effet de serre que les énergies fossiles traditionnelles», soulignent les associations. Le changement d’usage des terres, c’est à dire la transformation d’une terre arborée en une plantation, augmente les émissions, car la déforestation relâche de gros volumes de gaz à effet de serre. De plus, une plantation absorbe en général beaucoup moins de carbone qu’une forêt tropicale.

Le projet de Dakatcha va en outre affamer les populations locales «pour faire rouler les voitures en Europe», s’indigne David Barissa, de ActionAid.

En cause, l’exigence de la directive 2009/28 relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables: pour atteindre 10% d’énergies renouvelables (ENR) dans les transports d’ici 2020, il faudra passer par les agrocarburants… Les ONG estiment que cet objectif doit être atteint en passant par d’autres moyens, comme l’amélioration de l’efficacité des véhicules ou la généralisation des véhicules électriques.

Les bois de Dakatcha abritent d’importantes populations locales et une grande variété d’espèces sauvages: le Turaco de Fischer (Tauraco fischeri), un bel oiseau coloré menacé par la perte de son habitat, le Circaète barré (Circaetus fasciolatus), un petit rapace, ou encore le Sokoke Petit-duc (ireneae Otus), un hibou insectivore.

Les promoteurs du projet rejettent ces accusations et soulignent qu'ils vont créer des centaines d'emplois permanents.



[1] le groupe pétrolier BP s’est retiré d’une joint venture créée avec l’entreprise britannique D1 Oils pour exploiter le jatropha, tandis que la compagnie hollandaise BioShape, qui avait acquis des terres en Tanzanie, a fait faillite en 2010



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