Le HCB ouvert aux moustiques génétiquement modifiés

Le 12 juin 2017 par Romain Loury
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Le moustique tigre
Le moustique tigre
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Dans un avis publié mardi 6 juin, le Haut conseil des biotechnologies (HCB) laisse la porte ouverte aux moustiques génétiquement modifiés, des outils «supplémentaires, voire complémentaires» de la lutte antivectorielle.

Paludisme, dengue, fièvre jaune, chikungunya, zika… les maladies transmises par les moustiques constituent 17% des cas de maladies infectieuses dans le monde, et sont responsables de plus d’un million de décès par an. Pour lutter contre elles, la lutte antivectorielle recourt principalement aux biocides de synthèse, dont la deltaméthrine, molécules nocives pour l’environnement et la santé humaine.

Plusieurs techniques à l’étude

Plusieurs essais de moustiques génétiquement modifiés sont en cours, soit afin de contrôler la population de moustiques, soit pour empêcher qu’ils soient colonisés par l’agent pathogène de la maladie.

Parmi les stratégies les plus avancées, celle de la société britannique Oxitec, dont le moustique OX513A (de l’espèce Aedes aegypti) a déjà fait l’objet de lâchers dans les îles Caïman, en Malaisie, au Panama et au Brésil. En Floride, un autre projet a obtenu le feu vert de la Food and Drug Administration (FDA), mais est actuellement au point mort, en raison de l’opposition de la population.

D’autres stratégies existent, telles que la technique de l’insecte stérile (TIS, avec laquelle les mutants sont obtenus par irradiation), actuellement testée à La Réunion pour lutter contre le moustique tigre (Aedes albopictus). D’autres essais sont en cours, notamment aux Etats-Unis, en Australie et en Polynésie française, avec la bactérie Wolbachia, qui permet d’agir sur la fertilité de la population de moustiques, ou de prévenir son infestation par un pathogène de maladie.

Une saisine en octobre 2015

Face à la récurrence d’épidémies en outre-mer et alors que le moustique tigre s’est durablement implanté en métropole, Ségolène Royal, alors ministre de l’environnement, a saisi le HCB en octobre 2015. Un an et demi plus tard, les deux instances du Haut conseil, à savoir le comité scientifique (CS) et le comité éthique, économique et social (CEES), ont rendu leur avis mardi 6 juin.

Les conclusions du HCB, dont les représentants associatifs se sont retirés début 2016 suite à une polémique sur les nouvelles technologies d’obtention des plantes (NPBT), devraient faire tousser les opposants aux OGM: «dans le panel d’outils de lutte antivectorielle à la disposition des autorités, le recours à des moustiques modifiés apparait être une stratégie à ne pas négliger, qui ouvre des perspectives intéressantes en termes de contrôle de populations de moustiques vecteurs», estime le HCB.

Moins d’insecticides, plus d’incertitudes

Principal avantage de ces techniques selon le HCB, la spécificité d’action sur l’espèce ciblée, qui permettrait de restreindre l’usage des insecticides aux seuls cas d’épidémie. «Outre une réduction des risques d’exposition pour l’homme et les écosystèmes, une moindre utilisation d’insecticides (…) préserverait leur efficacité en diminuant la pression de sélection de résistances associées», explique le CS.

De nombreuses incertitudes planent toutefois sur l’emploi de ces moustiques modifiés: quel impact la raréfaction d’une espèce a-t-elle sur les écosystèmes? L’espèce ciblée ne risque-t-elle pas d’être supplantée par une autre espèce de moustique, peut-être plus virulente? Et d’un point de vue sanitaire, aucune étude ne s’est pour l’instant attachée à montrer que ces moustiques permettaient effectivement de freiner une épidémie humaine.

Autre question brûlante, celle du contrôle environnemental a posteriori. En la matière, le CS distingue deux types de techniques: d’une part, les «auto-limitées», qui nécessitent des lâchers récurrents de moustiques, telles que le moustique OX513A ou la TIS, faciles à maîtriser; d’autre part, les «auto-entretenues», dont le forçage génétique, qui vise à modifier durablement l’espèce localement.

La directive 2001/18 plutôt bien adaptée

Se pose aussi la question de leur statut juridique: pour le HCB, le cadre réglementaire appliqué aux OGM en Europe, à savoir la directive 2001/18, paraît bien adapté à l’évaluation des moustiques GM. Avec quelques nuances: le CS juge ainsi que, du fait de son effet «auto-entretenu», le forçage génétique devrait faire l’objet d’une «clarification réglementaire».

Cette technique présente «un caractère intentionnellement invasif de la modification recherchée, qui a le potentiel théorique d’atteindre tous les individus d’une espèce dans l’environnement, que ce soit pour l’éradiquer ou la modifier. Par dessein, la dissémination n’est pas limitée dans le temps ou l’espace», explique le CS.

Pour le HCB, «les impacts environnementaux et sanitaires des moustiques modifiés devraient être évalués préalablement aux lâchers (modification de niche écologique, remplacement de vecteurs, etc.) (…) La perception des populations, les bouleversements des manières de vivre et de penser la relation au milieu vivant, etc., nécessitent d’associer la société civile aux processus de décision et de suivi, en tenant compte des perceptions culturelles propres à chaque territoire».



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