Le Haut Conseil pour le climat pas convaincu par le Pacte productif

Le 06 décembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Corinne Le Quéré semble craindre le bilan carbone du Pacte productif.
Corinne Le Quéré semble craindre le bilan carbone du Pacte productif.
VLDT

 

Dans un courrier adressé à Bercy, la présidente du HCC fait quelques recommandations pour concilier réindustrialisation de la France et neutralité carbone. De quoi redonner vie à la SNBC.

Corinne Le Quéré n’est pas tombée sous le charme du grand programme gouvernemental de transformation de l’économie. La présidente du Haut conseil pour le climat (HCC) vient de se fendre d’un courrier pour dire tout le bien qu’elle pense du Pacte productif pour le plein emploi.

Fortement médiatisé depuis le mois d’octobre, ce pacte vise à «repenser le modèle productif français selon trois grandes questions: que produire, comment produire, avec qui produire?» Ou comment réindustrialiser la France «pour nous faire réussir dans le monde de 2025», tout en bâtissant «une économie zéro carbone en 2050.»

Adressée au ministre de l’Economie, la missive de la climatologue formule quelques recommandations pour une bonne prise en compte de la question climatique dans la nouvelle stratégie industrielle tricolore.

La bonne boussole à suivre, souligne Corinne Le Quéré, est la stratégie nationale bas carbone (SNBC), dont on attend toujours la publication de la traduction à moyen terme: la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

750 euros la tonne de CO2

Saluant la volonté du gouvernement de vouloir «intégrer dans le Pacte productif 2025 une valeur du carbone compatible avec la neutralité carbone», la présidente du HCC lui en propose deux: 250 euros la tonne, en 2030, et 775 euros la tonne en 2050. Soit les valeurs fixées par la commission Quinet. Pas sûr que le gouvernement, qui a gelé la taxe carbone à 44 euros/t, soit sur la même trajectoire.

Pour «assurer une transition juste vers la neutralité carbone», Corinne Le Quéré recommande de s’inspirer des principes directeurs proposés, en 2015, par le Bureau international du travail (BIT). Le BIT propose notamment d’améliorer l’efficacité des politiques publiques en adoptant des mesures fiscales ciblées, des instruments fondés sur le marché, des politiques de marchés publics et d’investissements.

les règles du bon bilan carbone

Si le gouvernement prévoit évaluer les mesures prises dans le cadre de son pacte «sous l’angle des émissions de gaz à effet de serre», la spécialiste du cycle du carbone rappelle qu’on n’établit pas n’importe comment de bilan carbone. «Sans évaluation lors de la conception, de la mise en œuvre et du suivi du Pacte productif, des investissements majeurs risquent d’être peu efficaces et des opportunités peuvent être manquées.» A bon entendeur …

L’ancienne patronne du Tyndall center britannique souligne aussi que la réussite d’une telle politique est fonction de la cohérence des actions mises en œuvre dans son cadre. Ainsi, les gains climatiques obtenus en transformant profondément le marché du travail ou certains processus industriels peuvent-ils être anéantis si, d’un autre côté, on accroît la capacité d’accueil des aéroports (comme à Roissy CDG) ou si l’on ne prépare par les investisseurs à devoir gérer leurs actifs échoués.

Last but not least, la chercheuse franco-canadienne rappelle que la France ne doit pas tout miser sur l’atténuation et le bas carbone. Les effets des changements climatiques (sur l’agriculture, par exemple) se faisant déjà sentir, il n’est plus que temps d’engager une ambitieuse politique d’adaptation: «nos capacités d’adaptation se renforceront si l’exposition aux risques et les vulnérabilités sont identifiées puis intégrées dès maintenant dans la finance et les assurances, les investissements, la formation professionnelle et les techniques.»