Le Haut Conseil pour le climat en quête d’écoute

Le 04 juin 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Corinne Le Quéré, la présidente du HCC.
Corinne Le Quéré, la présidente du HCC.
VLDT

A quelques jours de la publication de son premier rapport, la présidente de l’instance d’évaluation de la politique climatique française s’agace du peu de moyen dont elle dispose.

 

C’est une Corinne Le Quéré un peu mal à l’aise qui a fait face, ce mardi 4 juin, aux membres de l’association des journalistes de l’environnement (AJE). Climatologue réputée, la présidente du Haut Conseil pour le climat (HCC) n’est pas du genre timide. Mais, la situation de l’institution installée en novembre dernier par le président de la République reste fragile. La loi énergie-climat, qui devait faire office de véhicule juridique du HCC, est toujours en discussion parlementaire. Aussi, le gouvernement a-t-il pris, le 14 mai dernier, un décret clarifiant les choses. Décret qu’il faudra réviser, une fois la loi promulguée.

premier rapport

Pour le moment donc, le HCC est un «organisme indépendant», placé auprès du Premier ministre. La mission de ses 12 membres et de sa présidente est de produire un rapport annuel. Cette étude, dont le premier opus paraîtra le 25 juin, doit évaluer la compatibilité entre le niveau d’émission et les budgets carbone quinquennaux, l’efficacité des politiques de l’Etat et des collectivités. Last but not least, les 13 sages du climat devront gratifier l’administration de quelques conseils.

Rendu aux services du premier ministre, le document devra être transmis au Parlement et au Conseil économique, social et environnemental (CESE). L’équipe d’Edouard Philippe disposera alors de 6 mois pour répondre aux éventuelles critiques formulées par le HCC. Voilà pour la théorie.

présidence bénévole

Dans la pratique, les choses sont plus complexes. L’organisme a beau être hébergé par France Stratégie, il manque cruellement de moyens. Corinne Le Quéré gère une enveloppe annuelle de 1,2 million d’euros pour faire tourner sa boutique: moins du tiers de ce dont dispose l’équivalent britannique du HCC, le Committee on Climate Change (CCC)[1]. L’essentiel du budget servira à rémunérer les permanents: le tout nouveau directeur exécutif, Olivier Fontan, le futur directeur des études et trois analystes. Sans oublier les indemnités que doivent percevoir  la présidente (2.500 euros bruts/mois) et les membres. «Pour le moment, je n’ai encore rien reçu, c’est du bénévolat», se désole Corinne Le Quéré.

Se réunissant une fois par mois, l’équipe n’est d’ailleurs plus au complet, depuis l’élection au parlement européen de Pascal Canfin et de Pierre Larrouturou. Leur remplacement pourrait d’ailleurs permettre de combler certaines lacunes. «Nous devrons travailler très rapidement sur l’adaptation. Nous avons aussi de gros manques en matière de sciences sociales», souligne l’ancienne patronne du Tyndall Center.

un faire-valoir?

Faute de moyens, le HCC devra faire quelques impasses: «pour le moment, nous ne pouvons pas regarder ce qui se passe en région, dans les DOM, ni travailler sur les questions sanitaires». Exit aussi l’évaluation de la stratégie nationale bas carbone: «nous sommes arrivés un peu tard.»

Faire-valoir du gouvernement le HCC? La créatrice du Global Carbon Project n’ose y croire. Mais, elle entend bien cultiver le jardin de l’indépendance de son institution. «L’idéal serait que nous soyons une autorité administrative indépendante», indique-t-elle. Ce n’est pas dans l’air du temps. Aussi, pour donner le plus d’écho à ses messages, la présidente du HCC entend bien s’appuyer sur certains acteurs de la lutte contre le réchauffement, à commencer par les ONG et la presse, «même mainstream», ironise-t-elle.

Pour autant, le gouvernement devra lui donner quelques gages. «Je suis scientifique. Cela fait 25 ans que je travaille sur le climat et il n’y a plus de temps à perdre. Si notre travail n’est pas pris au sérieux, j’irai travailler ailleurs.» A bon entendeur.



[1] Corinne Le Quéré est aussi membre du CCC.

 



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