Le greffage de pastèques, porte ouverte au DDT

Le 01 février 2012 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Le greffage des pastèques favoriserait leur imprégnation par l’insecticide DDT, selon une étude publiée dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry.

Pratiquée depuis l’Antiquité, cette technique est notamment utilisée afin de protéger les melons et les pastèques de certains pathogènes présents dans le sol, mais aussi pour accroître leur rendement. C’est la courge qui est le plus souvent utilisée comme porte-greffe.

Or la courge absorbe beaucoup plus les résidus de pesticides organochlorés présents dans le sol, dont le fameux DDT, que les pastèques. Ce phénomène pourrait constituer une nouvelle voie d’exposition à ces polluants, suggérant «un problème important de sécurité des aliments», selon Mehmet Isleyen, de l’université de Sakarya (Turquie), et ses collègues [1].

Les chercheurs ont comparé la teneur en métabolites du DDT (p,p’-DDT, p,p’-DDD et p,p’-DDE) de pastèques greffées et non greffées. Résultat: les fruits greffés et cultivés en champ étaient bien plus imprégnés que des non greffés, avec une teneur trois fois plus élevée, de 3,15 nanogrammes/gramme (ng/g) contre 1,02 ng/g. Les chercheurs ont même obtenu une teneur de 8,3 ng/g pour des pastèques greffées et cultivées en pot.

Si ces chiffres se situent bien en deçà des limites maximales admises aux Etats-Unis (100 ng/g) et en Turquie (50 ng/g), la vigilance est de mise, estiment les chercheurs. Rien n’empêche des variations au sein du fruit, par exemple à proximité de la peau, comme cela a été montré pour la courgette, remarquent-ils.

Le fruit semblait toutefois relativement épargné. Les auteurs ont noté des écarts très marqués dans d’autres tissus, notamment dans la tige: la teneur en métabolites du DDT y était environ 140 fois plus élevée dans une plante greffée que dans un plant non modifié!

[1] Avec 3,68 millions de tonnes annuelles, la Turquie est le deuxième producteur mondial de pastèques (4,1%), loin derrière la Chine (63,5%) (chiffres FAO 2010). La quasi-totalité (95%) y sont produites par la technique de greffage. Le DDT y a été interdit en 1985 (1972 en France et aux Etats-Unis).
 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus