Le Grand dauphin de la Manche est tout pollué

Le 05 septembre 2016 par Marine Jobert
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La Manche compte quelque 400 Tursiops truncatus.
La Manche compte quelque 400 Tursiops truncatus.
DR

Une association a mesuré les concentrations en plusieurs polluants de ces mammifères marins jusqu’ici peu étudiés.

Avec un trépan lancé par une arbalète[1], le groupe d’étude des cétacés du Cotentin[2] (GECC) a prélevé entre 2010 et 2012 des échantillons de peau et de lard sur 87 des 300 à 400 Grands dauphins (Tursiops truncatus) qui croisent dans les eaux du golfe normand-breton. Objectif: détecter et quantifier le mercure et les polluants organiques persistants (tels que polychlorobiphényles –PCB-, pesticides organochlorés, polybromodiphényléthers -PBDE- et composés de type dioxine) présents dans l’organisme de ces mammifères prédateurs supérieurs. A sa manière, le Grand souffleur joue un rôle central dans la structure de l’écosystème, en régulant les niveaux trophiques inférieurs. C’est la première fois que la contamination du Grand dauphin de la Manche est étudiée, grâce à un financement de l’Agence de l’eau Seine-Normandie et de la Fondation d’Entreprise Total.

Seine-sur-PCB

Les teneurs en certains PCB et en PCB-DL excèdent «considérablement» tous les seuils de toxicité observés dans la littérature. Après un tour d'horizon des études au plan international, le GECC l’affirme: la population des Grands dauphins du golfe normand-breton semble être l’une des plus contaminées du monde, beaucoup plus encore que celle de l’estuaire du Shannon, mais aussi du Pays de Galles, de l’Ecosse et d’Irlande. Sans pourvoir le confirmer faute d’étude, le GECC estime qu’il paraît «fort probable» que ces concentrations «résultent du déversement important de ces composés dans la Manche via l’estuaire de la Seine».

Une longue espérance de vie, une faible capacité à métaboliser et à excréter les substances toxiques, plus une épaisseur de lard importante et extrêmement riche en lipides dans laquelle s’accumulent les contaminants: autant de facteurs qui ont amené les scientifiques à constater chez les grands mammifères marins un facteur de bioaccumulation de 10.000 à 1 million de fois supérieur à celui de leurs proies.

Mâles plus chargés

En outre, ces charges chimiques sont significativement plus fortes chez les mâles que chez les femelles. L’explication est cruellement simple: les mères transfèrent leur charge en PCB vers leur nouveau-né au cours de la gestation et de la lactation. Idem avec la dieldrine, le pesticide dont la quantité retrouvée est la plus importante après celle détectée pour les DDT: les mâles Grands dauphins sont 10 fois plus contaminés que les femelles. Pareil pour l’endosulfan (interdit en 2007 et moins persistant que les autres organochlorés détectés) ou le chlordane (interdit en 1992), que l’on retrouve à des concentrations encore élevées.

Petits en danger

Les résultats obtenus pour le DDT sont moins impressionnants, mais restent très alarmants. Quant au mercure, les Grands dauphins du golfe normand-breton excèdent «tous les seuils de toxicité établis dans la littérature», s’alarme l’association. Et cela fait craindre pour l’état de santé des jeunes. Car même si ceux-ci bénéficient de mécanismes de détoxification spécifiques au mercure, il est «fort probable que cet apport élevé et continu en mercure [in utero et via l’allaitement] suscite des troubles du développement chez ces individus, ce qui peut avoir de lourdes conséquences à l’échelle de la population.»

Parler de pollution chimique

L’association espère qu’un suivi de la contamination chimique de l’espèce se mettra désormais en place, à partir de biopsies ou d’animaux échoués, avec un travail de fond sur les effets de la toxicité des polluants dans cette population de cétacés. Elle en appelle à des plans de gestion plus restrictifs pour les contaminants et en particulier pour les PCB. Et demande que l’on «ose parler des polluants, les faire connaître, eux et leurs effets, et informer le grand public. (…) La question de la pollution chimique dans le milieu marin est encore mal connue et peu abordée parce que gênante.»

 

 



[1] Pour inciser la chair et collecter du lard et de la peau.

[2] Il s’agit d’une association spécialisée dans l’étude et la conservation de la population des grands dauphins du golfe normand-breton.

 



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