Le gouvernement tire à vue sur le loup

Le 06 février 2013 par Stéphanie Senet
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La France compte environ 250 loups
La France compte environ 250 loups

Les grandes lignes du nouveau plan national Loup 2013-2017 ont été présentées, le 5 février, par le ministre de l’agriculture Stéphane le Foll et celle de l’écologie Delphine Batho, à la sortie d’une réunion du groupe national. Principale nouveauté attendue: la hausse des tirs de prélèvement.

«Deux principes nouveaux sont mis en place: une gestion différenciée selon les massifs, puisque la prédation du loup a baissé de 70% l’an dernier dans les Alpes de Haute-Provence mais a augmenté de 40% dans le Haut-Verdon; ensuite, la graduation des réponses –tirs différents- en fonction de la pression exercée par le loup», a énuméré Delphine Batho. En fait, ces deux principes ne sont pas nouveaux puisqu’ils animent déjà l’arsenal réglementaire français. Il revient par exemple au préfet d’autoriser par arrêté les tirs de prélèvement dans son département, en fonction de la situation locale.

La nouveauté réside plutôt dans la révision, attendue à la hausse, du nombre de prélèvements autorisés par le ministère sur le territoire pour la saison 2013-2014, comme l’avait confié au JDLE Jean-François Darmstaedter, président de l’association Ferus et membre du groupe national. «Un nouveau mode de calcul est en train d’être mis en place, en prenant en compte le taux de croissance de la population des loups», a déclaré la ministre de l’écologie. «Il y aura certainement une hausse du nombre de prélèvements autorisés par rapport à l’an dernier», a-t-elle poursuivi. Il s’élevait à 11 pour la saison 2012-2013 (voir JDLE) et à 6 pour la saison 2011-2012. L’arrêté sera publié avant la fin du printemps.

A mots couverts, le ministère semble aussi vouloir veiller à ce que ces tirs soient effectués. «L’an dernier, 3 tirs seulement ont été réalisés pour 11 autorisés, ce qui révèle un problème d’efficacité», note la ministre de l’écologie.

Des captures expérimentales de loups dans les parcs naturels régionaux sont aussi à l’ordre du jour, en vue de les relâcher dans d’autres territoires, ce qui laisse sceptique Jean-David Abel, représentant de France Nature Environnement dans le groupe national. «Je ne dis pas qu’on ne peut pas l’expérimenter mais l’utiliser comme un mode de défense généralisé me paraît techniquement infaisable», a-t-il déclaré à l’AFP. Cette technique est utilisée par le parc national de Yellowstone aux Etats-Unis.

Le loup est une espèce protégée par la Convention de Berne et par la directive européenne Habitats du 21 mai 1992. Celle-ci n’autorise les prélèvements qu’en dernier recours, lorsque ces opérations ne nuisent pas au maintien de la population dans un état de conservation favorable, lorsqu’elles préviennent des dommages importants aux élevages et lorsqu’aucune solution alternative satisfaisante n’existe.

La population totale de Canis Lupus est évaluée à 250 individus en 2013 contre 194 à l’issue de l’hiver 2008-2009, selon le ministère, qui se base sur la méthode dite de capture marquage recapture (CMR). Cette technique se fonde sur des signatures génétiques individuelles (excréments, poils, sang, urine, tissus) détectées sur l’ensemble de l’aire de répartition. Elle complète l’estimation par comptage, plus imprécise, en raison de la grande capacité de déplacement des loups.

Le nombre d’attaques est logiquement en hausse, mais de façon irrégulière: 736 en 2008 (pour 2.680 victimes) et 1.414 en 2011 (5.848 victimes). Les indemnisations ont coûté 2 millions d’euros au ministère de l’écologie (dont 0,79 M€ pour les dommages aux troupeaux domestiques) et les mesures de protection ont représenté 7,5 M€ dans le budget du ministère de l’agriculture (dont 700.000 € de protection passive avec chiens, enclos, etc.).

Selon Stéphane Le Foll, «les protocoles d’indemnisation vont être modifiés pour éviter la suspicion qui pèse sur les éleveurs victimes d’attaques». Le constat d’attaque sera simplifié et la priorité sera donnée à l’indemnisation des pertes dites indirectes (avortements, perturbations de l’agnelage, moindre prise de poids, diminution de la lactation). Les mesures de protection passive des troupeaux seront aussi revues, en faveur d’une sécurisation de l’usage des chiens (avec sélection des chiens et tests d’aptitude et de comportement).

Enfin, plusieurs mesures sont engagées pour améliorer le suivi de la population de loups et leurs aires de répartition, et le rendre plus réactif (publication des données dans les 6 mois et non un an).

En écho à la proposition de loi votée au Sénat, Delphine Batho a assuré que la création de zones d’exclusion était totalement contradictoire avec le nouveau plan national et les positions du groupe.

Avant d’être officiel, le nouveau plan Loup doit encore faire l’objet d’une consultation publique d’un mois, prévue en mars, et être examiné par le Comité national de protection de la nature. Il devrait entrer en vigueur au printemps.



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