Le gouvernement tente de verdir une autoroute à 12 voies

Le 25 octobre 2011 par Stéphanie Senet
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«Tout à fait dans les objectifs du Grenelle», a dit Thierry Mariani à propos du projet de doublement de l’A9 à Montpellier.

Et joignant le geste à la parole, le ministre des transports s’est déplacé en personne le 30 septembre pour annoncer sa décision: le passage de l’autoroute A9 au droit de Montpellier de 6 à 12 voies.

Le successeur de Dominique Bussereau clôt ainsi un feuilleton débuté il y a un quart de siècle pour «remédier aux problèmes de sécurité et de congestion» que présente l’autoroute actuelle. En effet, au trafic de transit espagnol et français, s’ajoute celui de l’agglomération. D’où un nombre moyen de 140.000 véhicules par jour (1) durant l’été 2009.

Si les problèmes existent bien, la solution peut surprendre quand on relit le discours de Nicolas Sarkozy lors de la restitution des conclusions du Grenelle de l’environnement le 25 octobre 2007: «Les décisions dites non écologiques devront être motivées et justifiées comme ultime et dernier recours[1]».

Mais pour Thierry Mariani, il n’y a «aucune volonté de revenir sur les engagements du Grenelle» et les réponses apportées par le doublement «aux enjeux de sécurité et développement durable de l’agglomération s’inscrivent au contraire tout à fait dans les objectifs du Grenelle».

Ce n’est évidemment pas l’avis des opposants au projet, dont Europe écologie Les verts (EELV), de certains maires des communes touchées par la nouvelle infrastructure et d’un député UMP. Et ce n’était pas non plus l’avis du même ministère de l’écologie en juillet 2009 alors dirigé par Jean-Louis Borloo.

Dans un communiqué, celui-ci confirmait «l’inadéquation avec le respect des riverains, des territoires et de la biodiversité du projet initial». Exactement celui qui vient d’être choisi par Nathalie Kosciusko-Morizet et son ministre des transports. Enfin, ce n’était pas l’avis des commissaires-enquêteurs qui avaient émis à l’unanimité, le 27 mars 2006, un avis défavorable au projet.

Pour les opposants, le problème de sécurité, posé essentiellement par l’engorgement des sorties, pouvait être résolu par l’ajout de bretelles et par de véritables aménagements de l’existant. Et si cela ne suffisait pas, ils prônaient un élargissement sur place de 6 à 8 voies, permettant de séparer transit et trafic local. De plus, ils considèrent que la dangerosité du tronçon a été surévaluée. Problème, il n’a pas pu y avoir de vraie discussion sur le sujet puisque les chiffres de l’accidentologie n’ont été mis en ligne que deux jours avant la fin de la dernière concertation. Et dans un document plutôt sommaire.

Le choix du gouvernement fait néanmoins des heureux: mairie et agglomération de Montpellier, conseil général et région. Toutes dirigées par le PS, ces collectivités militent depuis longtemps pour un doublement. Et bien sûr, les entreprises du BTP qui lorgnent sur ce projet d’au moins 400 millions d'euros depuis de nombreuses années. Autre avantage du choix avancé par le ministre Mariani: sa sécurité juridique, du fait notamment d’une déclaration d’utilité publique existante –signée par Dominique de Villepin en avril 2007. Sa sécurité politique reste néanmoins à confirmer en cas de changement de majorité en 2012: EELV en a fait une de ses priorités nationales.

 
Jacques-Olivier Teyssier
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(1) Source : Dossier complet de la concertation sur le déplacement de l’A9 – Juin 2011 (page 27).
 


[1] page 3


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