L'Elysée sonne la fin d’un projet Europacity

Le 07 novembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Bien rénovée la façade du palais présidentiel.
Bien rénovée la façade du palais présidentiel.
VLDT

A l'issue du troisième conseil de défense écologique, la présidence de la République annonce, ce 7 novembre, l’abandon du méga projet de centre de loisirs au nord de Paris. Une petite ville nouvelle va-t-elle lui succéder?

 

Et deux ! Deux ans après avoir abandonné le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Emmanuel Macron raye d’un trait de plume un autre point de crispation entre aménageurs et écologiste: Europacity.

Porté par la société Ceetrus (groupe Auchan) et son partenaire chinois Wanda, ce projet visait initialement à construire, sur 80 hectares de riches terres agricoles du Val d’Oise (nord de Paris), un nouveau quartier comportant 150.000 mètres carrés de parcs de loisirs (piscine et piste de ski), 50.000 m2 de salles de spectacle (dont un cirque!), 270.000 m2 d’espaces commerciaux (boutiques, restaurants, salles de congrès), avec 2.700 chambres d’hôtel, un parc arboré de 10 hectares et une «ferme urbaine» s’étalant sur 7 hectares. Fréquentation annoncée: 31 millions de visiteurs par an (trois fois la fréquentation du musée du Louvre, le double d’Eurodisney). A la clé: 10.000 emplois pour la construction et 3.000 pour l’exploitation. Le tout pour un investissement supérieur à 3 milliards d’euros.

un projet dissensuel

Soutenu par les élus locaux, contesté par les agriculteurs des environs de Gonesse (menacés d’expulsion) et par les écologistes, le projet avait été descendu en flammes, en août 2017 par le commissaire enquêteur. Dans son avis consultatif, l’expert jugeait que le programme allait «à rebours de la volonté d’exemplarité internationale de la France en matière de lutte contre le réchauffement climatique».

Idem pour les grandes orientations politiques nationales et internationales en matière de lutte contre la disparition des terres agricoles, qui seraient englouties sous le béton nécessaire à la construction des parcs de loisir, salles de spectacle, espaces commerciaux et chambres d’hôtel prévus dans ce projet.

Ce vent de critiques avait incité le promoteur et Wanda avaient accepté à revoir leurs ambitions à la baisse, en abandonnant notamment le projet de «parc des neiges» et en réduisant le nombre de boutiques prévu. Insuffisant pour l’Etat.

les aspirations des Français

Confirmant une information publiée par Le Monde, les services de la présidence de la république ont confirmé, ce jeudi 7 novembre, l’abandon du projet Europacity. «Le président de la République a décidé de ne pas poursuivre le projet Europacity», a indiqué l'Elysée à l'AFP. A la sortie du conseil de défense écologique de ce 7 novembre, la ministre de la transition écologique s'est voulu plus explicite. «Ce projet est porteur d'une conception datée de l'aménagement du territoire et d'un modèle de consommation», indique Elisabeth Borne. Autre bonne nouvelle : l'Etat n'aura pas à verser de pénalités financières aux porteurs du projet Europacity, a précisé la ministre.

Est-ce la fin de toute urbanisation des terres du triangle de Gonesse? Certainement pas. En lieu et place d’EuropaCity, le chef de l'Etat souhaite, sur une superficie plus étendue, «plusieurs projets coordonnés». Ce «projet alternatif sera plus mixte, plus moderne, sans créer un pôle démesuré de consommation, de loisirs et d'objets». «L'idée n'est plus un centre commercial et de loisirs mais un morceau de ville, qui donne envie», résume-t-on à l'Elysée, avec du commerce diversifié, «du résidentiel, du logement, une partie d'activité agricole, peut-être de la petite industrie, du circuit court, pourquoi pas du loisir, mais pas un grand pôle». L’objectif du zéro artificialisation nette a déjà du plomb dans l’aile.

un autre projet

Très floue, l’esquisse présidentielle ressemble étrangement à la phase 2 de l’aménagement de la zone. Dans les cartons des urbanistes, on trouve déjà un projet de ZAC sur 299 ha, qui prévoit la création d’un quartier d’affaires (140 ha), d’espaces paysagers, d’une lisière agricole (11 ha) et le réaménagement des dessertes routières avec, entre autres, un nouvel échangeur avec l’autoroute A1. La création d’une gare, qui accueillera les métros de la ligne 17 (reliant Saint-Denis à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle et qui a déjà fait l’objet d’une déclaration d’utilité publique fin 2015). «Le principe de la ligne 17 n'est pas remis en cause», confirme Elisabeth Borne.

le retour de Rol-Tanguy

Emmanuel Macron a confié «la mission à Francis Rol-Tanguy, ancien directeur de l'Atelier parisien d'urbanisme, de travailler avec les élus à l'élaboration d'un nouveau projet». Cet ingénieur général des Ponts et Chaussées est un habitué des missions périlleuses. Ancien directeur du fret de la SNCF, il avait, par la suite, tenté une mission de conciliation pour fermer la centrale nucléaire de Fessenheim. Propulsé, par la suite au cabinet du ministre Philippe Martin, il avait piloté l’élaboration des lois sur la transition énergétique, sur la biodiversité, sans oublier l’ineffable réforme du Code minier.



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