Le gouvernement se prend les pieds dans le glyphosate

Le 25 septembre 2017 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Christophe Castaner a promis la fin du glyphosate en France.
Christophe Castaner a promis la fin du glyphosate en France.
DR

Depuis vendredi 22 septembre, le dossier glyphosate, qui doit être examiné les 5 et 6 octobre à Bruxelles, est au centre d’une intense cacophonie gouvernementale. Pour mettre tout le monde d’accord, une solution s’impose: un rapport.

Début juillet, le vote de la France en faveur de la proposition de la Commission européenne sur les perturbateurs endocriniens avait jeté un doute: le même revirement aurait-il lieu sur le dossier du glyphosate? Alors qu’une proposition de Bruxelles, en vue de la réautorisation de cet herbicide pour une durée de 10 ans, doit être examinée début octobre, le ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot, envoyait un message clair fin août: la France continuerait à s’opposer à cette réautorisation.

Contradictions en série

Or après la manifestation, vendredi 22 septembre au matin, de 200 agriculteurs sur les Champs Elysées parisiens, nul ne sait plus ce qu’il en est: vendredi sur RTL, le ministre de l’agriculture, Jacques Travert, estimait que la France devrait proposer un renouvellement pour une période «de cinq à sept ans», au lieu des dix ans proposés par Bruxelles, «de manière à accompagner les changements dans les pratiques agricoles».

Réponse de Nicolas Hulot, samedi 23 septembre dans le quotidien Ouest France: «la justice et l'Histoire rattraperont» les politiques qui ne s’emparent pas du problème des pesticides. «Au prétexte que c'est compliqué, doit-on continuer à mettre le sujet sous la table?», s’interrogeait le ministre de la transition écologique et solidaire.

Interviewé lundi 25 septembre au matin sur BFMTV et RMC, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, semblait aller dans le sens de Nicolas Hulot: le premier ministre Edouard Philippe a «arbitré» pour que le glyphosate «soit interdit en France d'ici la fin du quinquennat» pour tous les usages, y compris en agriculture, annonçait-il.

Un rapport avant la fin de l’année

A ce dernier message, venait aussitôt s’ajouter un communiqué de Matignon, ménageant la chèvre et le chou: certes, la France ne votera pas la proposition d’un renouvellement de 10 ans, «une durée trop longue compte tenu des incertitudes qui subsistent sur ce produit». Mais, et c’est la nouveauté de ce lundi, les deux ministères concernés devront «lui présenter -avant la fin de l’année et en fonction des conclusions des états généraux de l’alimentation- les conditions d’un plan de sortie du glyphosate, compte tenu de l’état de la recherche et des alternatives disponibles pour les agriculteurs».

Quoi de mieux qu’un rapport à quatre mains pour réconcilier tout le monde? «Le gouvernement arrêtera alors sa position, qu’il confrontera à celles de la Commission et des autres Etats-membres, pour trouver les conditions d’une transition raisonnable vers la sortie du glyphosate», ajoute le communiqué.

Les syndicats agricoles en embuscade

Alors que le gouvernement peine à s’entendre, d’autres acteurs viennent ajouter leurs voix. C’est le cas de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), dont la présidente Christiane Lambert a rencontré Nicolas Hulot lundi matin. Un «rendez-vous sans concession», où le syndicat a «rappelé avec fermeté qu’il [était] hors de question que, si l’Europe dit Oui à l’autorisation du glyphosate, la France prenne une position unilatérale visant à dire Non».

«Que dire des expressions différentes sur le sujet du Premier Ministre, de Stéphane Travert, de Nicolas Hulot et de Christophe Castaner sur le nombre d’années concernant l’autorisation? Qui devons-nous croire?», s’interroge la FNSEA. Mardi 26 septembre matin, c’est un autre syndicat agricole opposé au retrait du glyphosate, Jeunes Agriculteurs, qui se rendra auprès de Nicolas Hulot.

Une réponse «inacceptable»

Lundi 25 septembre, l’avocate Corinne Lepage a annoncé le lancement d’une association d’aide aux victimes des pesticides, Justice Pesticides, dotée d’une base de données visant à regrouper l’ensemble des actions judiciaires dans le monde. Son objectif est de «mutualiser toutes les actions dans le monde qui mettent en cause les pesticides, pour établir une base juridique et scientifique internationale qui permettra de renforcer les actions en justice».

Pour l’association Générations futures, la proposition d’Edouard Philippe, celle d’un rapport sur les alternatives au glyphosate construit sur les bases des Etats généraux de l’alimentation, est «inacceptable». «La position de la France n’est plus celle d’une interdiction ferme et rapide de cette substance, classée cancérigène probable pour l’homme par le Circ [Centre international de recherche  sur le cancer], mais d’une interdiction sous conditions, et dans combien de temps? Nul ne le sait!».

Lors d’une conférence de presse organisée lundi matin, l’eurodéputée EELV Michèle Rivasi a quant à elle demandé la démission du directeur général de l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et la mise en place au Parlement européen d’une commission d’enquête sur le glyphosate.

Mi-septembre, un biochimiste autrichien a en effet révélé que des centaines de pages du rapport d’évaluation de l’Institut fédéral dévaluation des risques (BfR, l’Allemagne étant pays rapporteur du dossier glyphosate), portant sur l’analyse d’études indépendantes, avaient été copiées du dossier d’homologation soumis par la Glyphosate Task Force, qui regroupe les fabricants de l’herbicide –parmi lesquels Monsanto.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus