Le gouvernement ébauche un plan de sauvetage des petites lignes

Le 21 février 2020 par Victor Miget
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60% des petites lignes sont fortement dégradés selon le rapport Philizot.
60% des petites lignes sont fortement dégradés selon le rapport Philizot.

Un plan de sauvetage des « lignes de desserte fine du territoire » se dessine. Jeudi 20 février, le gouvernement a signé deux premiers plans d'action régionaux et a présenté une version très allégée du rapport Philizot. 

 

Petite piqûre de rappel. En janvier 2019, l'exécutif avait chargé le préfet François Philizot d'établir un diagnostic des « lignes de desserte fine du territoire », communément appelées les «petites lignes». Un an plus tard, les conclusions de ces travaux ont enfin été dévoilées... mais résumées en 9 pages seulement. Des pages qui reviennent sur les constats déjà dressés par le préfet : un réseau de petites lignes fortement dégradé (60%), des sous-investissements chroniques... Sans oublier un besoin de financement de 7,6 milliards d’ici à 2028. Le rapport avance aussi les pistes (connues elles aussi) censées redresser la situation : nécessité d'apporter des réponses différenciées selon les régions, développer le train léger...

Déjà deux protocoles

Rien de nouveau à l’horizon ? Le gouvernement a toutefois présenté, le 20 février, ce qui ressemble à un programme de sauvetage des petites lignes de trains. Comme préconisé par le préfet Philizot, l’exécutif va diviser en trois catégories les 9.137 kilomètres de petites lignes et reprendre à sa charge une partie du réseau. Les dessertes les plus importantes rejoindront comme prévu le réseau structurant de SNCF Réseau à hauteur de 100 %. Jusqu'ici, elles étaient financées par l’État et les régions. Ce qui permettra à ces dernières, qui continueront de financer certaines lignes, de récupérer de précieux deniers. Des dessertes relèveront toujours du cofinancement classique des contrats de plan Etat-région (CPER).

Centre-Val-de-Loire et Grand Est

Après la théorie, place à un peu de pratique ! Ce même jour ont été signés deux protocoles d’accord avec les régions Centre-Val-de-Loire et Grand Est. Dans la première, SNCF Réseau prendra en charge la ligne Vierzon-Montluçon. La région sera quant à elle responsable de Tours-Chinon, Tours-Loches et Salbris-Valençay. L’État et SNCF Réseau supporteront la moitié des 250 millions d'euros engagés. Le reste étant à la charge de la région. 

Dans le Grand Est, des sections de la ligne Nancy-Remiremont et de Nancy-Saint-Dié-des-Vosges seront intégrées au réseau structurant. Dès 2020, la région prendra sous son aile les dessertes Nancy-Vittel (section Jarville-Vittel), Épinal-Saint-Dié-des-Vosges (section Arches-Saint-Dié-des-Vosges), Molsheim-Saint-Dié-des-Vosges, Sélestat-Obernai. En parallèle, les deux régions s'engagent à continuer de développer l'offre TER sur leur territoire.

Couloirs de bus

Jean-Baptiste Djebbari, a aussi présenté le programme « train léger ». Objectif : créer un cluster d'entreprises dont la création : « vise à faire évoluer les normes de dimensionnement et de sécurité ferroviaire. Elle permettra de simplifier les caractéristiques des matériels roulants (baisser la charge à l’essieu pour moins user la voie). Il sera aussi question d’expérimenter de nouvelles techniques de travaux et de maintenance (par exemple, la voie sur bitume plutôt que la voie sur ballast), etc. », peut-on lire dans un communiqué du ministère de la Transition écologique et solidaire. Objectif : économiser sur la consommation et sur l'usure des voies et jusqu'à 30 et 40% des coûts cumulés selon le secrétaire d'Etat aux transports.

Le gouvernement suggère de transformer l'usage de certaines lignes si le recours au train n'est plus pertinent. En créant par exemple des corridors pour les bus, où en y faisant circuler d'éventuelles navettes autonomes. 

Le « verdissement », du matériel roulant régional est un autre enjeu du programme. Moins de 20% des petites lignes sont  électrifiées. L'exécutif ne manquant pas de rappeler qu'à ce titre des expérimentations de train hybride, à batterie et à piles à combustible sont en cours. « Un premier appel à projets publié en janvier 2020 par l’Ademe vise notamment à accompagner les régions au développement d’un train régional en traction hydrogène: l’État a prévu d’y investir de l’ordre de 22M€ ».

Financement ?

Ce plan de sauvetage demande de lourds investissements. Et le constat du rapport Philizot est clair : les engagements financiers pris jusqu'ici sont insuffisants. Entre 2015 -2018 ils s'élevaient à 240 M€ par an. Entre 2019 et 2020, cette somme atteignait 400 M€. Mais face aux travaux jugés « considérables » par le rapport : « Le besoin de financement global est évalué par SNCF Réseau à 7,6 milliards d’euros jusqu’en 2028, dont 6,4 milliards restant à engager à partir de 2020. » Or, le gouvernement n'a toujours pas communiqué précisément sur ce sujet. Et concernant les deux premiers plans d'action régionaux signés, les accords de financements ne sont pas non plus connus.