Le gouvernement abandonne son projet de taxe carbone

Le 24 mars 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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centrale charbon
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Annoncé en catimini par le Premier ministre, l’abandon de la contribution énergie climat marque un important revirement de la politique climatique française.

Mardi 23 mars, lors d’une réunion avec des députés de l’UMP, le Premier ministre a confirmé l’abandon du projet de taxe carbone. Recadrant les députés du parti majoritaire après la défaite enregistrée lors des élections régionales, François Fillon a indiqué que les priorités politiques du gouvernement étaient désormais «la croissance, l'emploi, la compétitivité, la lutte contre les déficits», ajoutant qu'il fallait «terminer la réforme des collectivités et faire celle des retraites». Exit donc, le projet controversé de fiscalité carbone. Du moins pour le moment. Au cours d’une conférence de presse, le président du groupe UMP à l’assemblée, Jean-François Copé, a dit son accord avec le Premier ministre sur le fait que la taxe carbone devrait être «européenne ou ne pas être». Une remarque qui fait sourire l’économiste Philippe Quirion. «Cette idée de taxe carbone européenne est née au début des années 1990. Nous ne sommes pas parvenus à l’adopter à 12 pays. Nous ne feront pas mieux à 27», pronostique le chercheur du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement.
La mise aux oubliettes de la taxe planait dans les couloirs ministériels depuis l’arrêt du conseil constitutionnel du 29 décembre dernier. En privé, le ministre d’Etat en charge du développement durable, Jean-Louis Borloo, rappelait l’extrême impopularité de la contribution énergie climat, tant au sein du monde de l’entreprise que chez les citoyens.

Attendue, cette décision jette pourtant un froid au sein du gouvernement. Interrogée par l’AFP, la secrétaire d’Etat à l’écologie n’a pas caché sa consternation. «Je suis désespérée de ce recul, désespérée que ce soit l’écolo-scepticisme qui l’emporte», a déclaré Chantal Jouanno. «Je ne suis pas en phase avec cette décision, a-t-elle ajouté. C’était possible de le faire en France avant de le faire en Europe. C’est ce qu’on avait prévu à l’origine, c’est ce que d’autres pays comme le Suède ont fait. C’est vrai que ce n’était pas parfait, qu’on aurait pu améliorer le texte, notamment concernant les particuliers pour qu’on puisse aider beaucoup plus les personnes à s’adapter.» Quelques heures plus tard, Jean-Louis Borloo n’a pas voilé son amertume : «la fiscalité écologique reste une grande idée, absolument indispensable pour accélérer la mutation écologique et économique de notre pays. Je reste convaincu de sa nécessité. Cependant, la contribution carbone a été l’otage de débats qui ont dépassé largement le champ de l’écologie et qui ont conduit à une profonde incompréhension. Je suis, à titre personnel, déçu par toutes ces controverses et ces malentendus. »

Un tout autre discours est tenu par les représentants patronaux. «Nous sommes soulagés, notamment pour toute l'industrie qui n'aurait pas supporté ce nouveau handicap de compétitivité», explique Laurence Parisot, la présidente du Medef, dans un communiqué.
Pas d’unanimité, en revanche, chez les écologistes. Au sein du Réseau action climat, on parle de mort du Grenelle. La porte-parole des Verts est plus nuancée. «La taxe carbone ne remplissait pas les critères nécessaires pour être juste socialement, efficace économiquement et performante énergétiquement. Le projet, enterré ce jour par Nicolas Sarkozy, ne sera pas regretté par les écologistes. Mais cet abandon en rase campagne est navrant car il condamne durablement toute tentative d'utiliser la fiscalité écologique», affirme Djamila Sonzogni dans un communiqué.

Politiquement, la décision est désastreuse, tant sur le plan national qu’international. En laissant son Premier ministre enterrer en catimini le projet de taxe carbone, le président de la République piétine une promesse, moult fois réitérée. Le 10 septembre dernier, lors d’un déplacement dans l’Ain, Nicolas Sarkozy avait redit qu’il appliquerait à la lettre le pacte de Nicolas Hulot (qui prévoit l’instauration de la taxe carbone): «Je l’ai signé, je le ferai. C’est une question d’honnêteté», avait martelé le locataire de l’Elysée.

Au plan international, le revirement français ne sera pas facile à vendre, alors que la plupart des grands pays émergents ont pris, ces dernières semaines, des engagements (non contraignants certes) de réduction d’émission de gaz à effet de serre.


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