Le golfe du Bengale proche de l’asphyxie

Le 05 décembre 2016 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le golfe du Bengale
Le golfe du Bengale

Le golfe du Bengale, au nord-est de l’Inde, est au bord du gouffre: sur une zone de plus de 60.000 km2, il s’apprête à devenir une «zone morte» dépourvue de vie, révèle une étude publiée lundi 5 décembre dans la revue Nature Geoscience.

Le golfe du Bengale est au bord de l’asphyxie: comme d’autres mers avant elle (mer Baltique, golfe du Mexique, etc.), une région d’environ 60.000 km2, à une profondeur comprise entre 100 et 400 mètres, pourrait bientôt devenir une zone morte. C’est déjà presque le cas, mais pas tout à fait, révèle l’étude publiée lundi dans Nature Geoscience par Laura Bristow, de l’Institut Max Planck de microbiologie marine à Brême (Allemagne), et ses collègues.

Dernières traces d’oxygène

Pour devenir une zone morte à part entière, il ne reste plus au golfe du Bengale qu’à rejeter de l’azote gazeux (N2) en masse. C’est là un point commun entre d’autres zones mortes à travers le monde: ne constituant que 1% du volume océanique mondial, elles sont à l’origine de 20% à 40% des pertes océaniques d’azote. Or cet élément chimique, essentiel à la vie, est un pilier de la productivité marine[i].

Rien de tel pour l’instant dans le golfe du Bengale. Contrairement à la mer d’Arabie, à la côte namibienne ou à certaines zones tropicales de l’est du Pacifique, elle perd encore peu d’azote. Les chercheurs en ont trouvé l’explication: la zone en question n’est pas encore tout à fait dépourvue d’oxygène.

Des bactéries prêtes à agir

D’une concentration environ 10.000 fois inférieure à celle mesurée à la surface, ces fifrelins d’oxygène suffisent à inhiber l’action des bactéries responsables des émissions d’azote. Ou plutôt ils empêchent l’accumulation de nitrite, composé que ces bactéries «anammox» transforment en N2, forme sous laquelle l’azote s’échappe des océans.

Sans ces traces d’oxygène, le nitrite s’accumulerait dans les eaux, ce qui permettrait aux bactéries «anammox» de le transformer en azote gazeux. Celui-ci fuiterait en masse de l’océan, ruinant pour de bon la productivité du golfe du Bengale.

Proche du point de bascule

Selon l’équipe, il suffira de peu pour que cet oxygène résiduel disparaisse. Le réchauffement, dont on sait qu’il favorise l’émergence de zones mortes, pourrait porter le coup fatal. Mais aussi l’usage excessif de fertilisants agricoles dans cette région, parmi les plus densément peuplées au monde, va favoriser la croissance d’algues et épuiser l’oxygène.

«Le golfe du Bengale se trouve à un point de bascule: nous avons besoin d’études de modélisation pour mieux comprendre comme les activités humaines modifieront le cycle de l’azote dans le golfe du Bengale, mais aussi au niveau mondial», commente Laura Bristow.



[i] Le fait que les zones mortes soient souvent liées à l’usage de fertilisants azotés ne contredit pas le fait qu’elles perdent de l’azote en masse. Cet excès de fertilisants provoque une eutrophisation, à savoir un excès de nutriments provoquant une prolifération d’algues, qui étouffent l’écosystème en le privant d’oxygène. En l’absence d’oxygène, cette zone perd, sous l’action microbienne, son azote «naturel».

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus