Le glyphosate visé par une plainte en France

Le 02 mai 2016 par Romain Loury
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69% des Français y sont défavorables
69% des Français y sont défavorables
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La justice française est à son tour saisie du dossier glyphosate: lundi 2 mai, l’association Générations futures a annoncé le dépôt prochain d’une plainte en justice, pour mise en danger de la vie d’autrui et tromperie aggravée.

Après les justices autrichienne et allemande début mars, voici la justice française à son tour saisie du dossier glyphosate par Générations futures, qui s’apprête à déposer sa plainte «dans les jours qui viennent», a indiqué son porte-parole François Veillerette au JDLE.

Comme les plaintes déposées début mars à Vienne et à Berlin, celle-ci vise l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR, l’Allemagne est l’Etat membre rapporteur du dossier glyphosate) et le Glyphosate Task Force (GTF), groupement de fabricants du produit cornaqué par Monsanto –celle déposée à Vienne ne visait pas le GTF, mais seulement Monsanto.

A l’origine de cette plainte, la controverse sur la cancérogénicité du glyphosate, qui fait l’objet d’un âpre débat scientifique entre le Centre international de recherche sur le cancer (Circ, branche de l’Organisation mondiale de la santé), qui juge le produit «cancérogène probable», et l’Efsa, épaulée par le BfR, qui n’y croient pas.

Une évaluation biaisée

Générations futures pointe plusieurs failles dans l’évaluation de cinq études industrielles menées chez la souris, notamment sur la méthode statistique employée et sur le choix des contrôles. Objectif: «disqualifier les effets [cancérogènes] sur les animaux, et d’aboutir à son classement comme non-cancérogène», juge François Veillerette.

Dans un premier temps, le BfR avait jugé qu’une seule de ces cinq études avait montré un risque surélevé de cancer chez des animaux exposés au glyphosate, avec une méthode statistique appelée ‘pairwise testing’. Suite à l’avis du Circ de mars 2015, il avait revu sa copie, recourant à la méthode dite ‘trend test’, que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) recommande, depuis 2012, d’utiliser en premier lieu.

Bilan, les cinq études révélaient désormais un effet cancérigène. Qu’à cela ne tienne: ces résultats avaient aussitôt été disqualifiés par l’Efsa et le BfR, au motif que les animaux-contrôles, non traités, présentent naturellement un taux élevé de cancer. Pour affirmer cela, ils ont recouru à des ‘contrôles historiques’ –non issus du test lui-même, mais de précédentes études.

Or là aussi, les deux organismes se sont affranchis des règles, très strictes, de l’OCDE en matière de contrôles historiques, dénonce Générations futures: les données qu’ils ont utilisées n’étaient pas toujours issues de la même lignée de souris, provenaient d’autres laboratoires et remontaient souvent à plus de 5 ans avant le test –ce qui est proscrit par l’OCDE. Idem pour les études épidémiologiques, dont l’examen par l’Efsa et le BfR a fait l’objet de nombreuses critiques.

Vote mi-mai à Bruxelles

L’annonce de cette plainte intervient alors que les experts du CP PAFF[i] doivent de nouveau se réunir, les 18 et 19 mai à la Commission européenne, pour statuer sur le renouvellement d’autorisation du glyphosate. Non pas pour une durée de 15 ans, comme lors du vote reporté (début mars), mais pour 10 ans selon une nouvelle proposition de la Commission.

Qu’adviendra-t-il de la plainte, si le produit n’obtient pas son renouvellement d’autorisation? «Elle sera maintenue», assure François Veillerette. Selon lui, son objet est aussi d’«attirer l’attention du gouvernement», afin qu’il éclaircisse sa position sur le sujet: à rebours des déclarations de la ministre de l’environnement, Ségolène Royal, très défavorable au produit, d’autres voix au gouvernement seraient bien moins offensives.

Notamment celle du premier ministre Manuel Valls, qui a déclaré lors de la conférence environnementale, fin avril, qu’il n’était pas question pour la France de donner d’autorisation au produit «sans conditions».

Deux tiers des Français opposés au renouvellement

Lors de la conférence de presse annonçant le dépôt de sa plainte, Générations futures a présenté les résultats d’un sondage mené par l’institut Ifop auprès de 1.014 Français, montrant que 69% d’entre eux étaient opposés à la ré-autorisation du glyphosate (43% tout à fait, 26% plutôt), contre 23% favorables (8% tout à fait, 15 plutôt).

Enseignement majeur de l’étude, il n’y pas de différence selon le lieu d’habitation: 71% des personnes interrogées vivant dans des communes rurales sont contre, contre 68% de celles vivant dans des villes de province et 71% de celles résidant dans l’agglomération parisienne. Ce sujet n’est «pas qu’une affaire de bobos, contrairement aux critiques qu’essuient les écologistes: ce sont les habitants des zones rurales qui subissent les premières conséquences», juge François Veillerette.



[i] Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux.

 



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