Le glanage porte ses fruits, du lien social à l’activité économique

Le 31 mars 2016 par Marine Jobert
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Glanage de poireaux dans un champ, en avril 2015.
Glanage de poireaux dans un champ, en avril 2015.
@FNE

France Nature Environnement consacre une étude fort intéressante au glanage, ce mode informel de récolte et de récupération de produits issus de l’agriculture.

Ils sont les ‘sauveteurs’ des fruits et légumes dont personne n’a voulu. Parce que trop nombreux. Parce que vilains. Parce que trop longs à ramasser. Parce que trop compliqués à transformer. Les glaneurs font leur miel de ces récoltes informelles auprès d’exploitants agricoles, de grandes surfaces, de jardiniers du dimanche ou dans des terrains municipaux. France Nature Environnement (FNE) consacre une étude fort intéressante au glanage dit ‘territorial’[1], mené de façon régulière par des groupes de personnes rattachées à une forme d’organisation collective. Au travers d’expériences menées en France, cette étude tente de mieux cerner ces formes d’organisations associatives ou entrepreneuriales, qui concernent souvent de faibles volumes, mais ont un potentiel de croissance non négligeable.

Ce sont souvent des personnes âgées ou physiquement dans l’incapacité de s’occuper de leur parcelle, des personnes peu disponibles (voire ne résidant pas sur place) ou «ne disposant pas des savoir-faire des générations précédentes nécessaires pour pouvoir entretenir un lopin de terre et en récolter la production».

Gaspillage alimentaire

De la Bretagne à la Côte d’Azur, de Bordeaux à Montbéliard, FNE a retenu 13 projets –le plus souvent sous forme associative- montés récemment, suite à l’engouement pour la thématique du gaspillage alimentaire. Toutefois, la plupart des participants à ces projets ne se disent pas motivés en premier lieu par cette question. La plupart poursuivent des objectifs «sociétaux» (liens sociaux et intergénérationnels, insertion sociale de publics fragiles, rapprochement entre producteurs et consommateurs), des visées «pédagogiques» (transmission de savoir-faire agricoles, culinaires), des projets «économiques» (développement de l’emploi local à partir de la valorisation et de la vente des ressources glanées) et des buts «patrimoniaux» (préservation et valorisation du patrimoine naturel local).

Du champ au panier

Ce sont le plus souvent les fruits qui finissent dans les paniers de ces glaneurs, puisqu’ils sont «davantage susceptibles d’être perdus et gaspillés que les légumes». La production agricole professionnelle fournit le plus gros volume, suivie de la production domestique (potagers, vergers), des jachères (espaces public et sauvages, friches), des invendus de la grande distribution et des dons alimentaires (surplus non distribués).

Une majorité des produits glanés sont transformés, ce qui allonge leur durée de conservation, augmente leur valeur et permet d’expérimenter des techniques. «Il s’agit de montrer qu’on peut faire quelque chose de bon et de beau à partir de fruits ou de légumes qui étaient pourtant condamnés à finir à la poubelle.» Une démarche qui ne s’improvise pas sur un coin de table: elle implique un investissement matériel et parfois le suivi de formations qualifiantes.

Organisation à structurer

L’accès aux espaces de production agricole n’est pas d’un abord aisé: «Problèmes d’identification des propriétaires des parcelles, réticences de leur part à accueillir des glaneurs, difficultés d’accès à certaines zones, nécessité pour les glaneurs de faire preuve d’une grande réactivité et flexibilité pour s’adapter à l’agenda des producteurs qui ne peuvent bien souvent les prévenir d’une opportunité que la veille ou l’avant-veille, etc.». Mais une fois l’organisation calée dans le cadre d’un partenariat rassurant pour chaque partie, les difficultés d’organisation des débuts sont vite contrebalancées par l’accès à un gisement de produits frais de saison, la création de liens de proximité ou la découverte de nouveaux savoir-faire.

Echange de bons procédés

Souvent contractualisée, la relation donateur-glaneurs peut donner lieu à une rétribution en nature ou sous forme de prestation gratuite ou de ‘coup de main’. Exemple: pour 250 kilogrammes de pommes récupérées auprès d’un particulier, une heure d’entretien gratuite dans son verger. «C’est un aspect déterminant pour fidéliser les donateurs», estime FNE.

Auto-consommation et vente

Qui profite des fruits de ces glanages? Les glaneurs eux-mêmes sont les premiers bénéficiaires. Les dons alimentaires de produits bruts sont complexes à mettre en œuvre (quantités trop réduites, trop aléatoires, zones de collecte trop éloignées des zones de distribution, etc.). Sous forme de conserves, de confitures ou de jus, la vente des produits est «une source symbolique de revenu qui ne couvre pas l’ensemble des charges liées à la transformation», constate FNE. Les circuits courts, dans un périmètre de 30 à 80 kilomètres, sont les plus couramment pratiqués. «La vente commerciale de produits peut entrer en concurrence avec le modèle économique des donateurs», alerte FNE.

Un colloque en octobre 2016

Après cet état des lieux, FNE édicte un certain nombre de recommandations pour structurer, financer et pérenniser ces entités encore fragiles, qui reposent pour la plupart sur le bénévolat. FNE considère qu’il revient désormais à l’Etat, aux collectivités et aux acteurs économiques d’accompagner techniquement et financièrement ces initiatives. Un colloque autour des activités de glanage devrait être organisé en octobre 2016.

 


[1] Les actions individuelles ou le ‘glanage urbain’ –marchés ou poubelles de grandes surfaces- n’ont pas été abordées.

 



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