Le Giec publie la feuille de route des politiques climatiques

Le 03 novembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Répartition des émissions de GES mondiale
Répartition des émissions de GES mondiale
GIEC

Dans la synthèse de son 5e rapport, le Giec rappelle les objectifs fondamentaux de la négociation climatique et les moyens à mettre en œuvre pour stabiliser le réchauffement. La suite n’est plus scientifique, mais politique.

Les climatologues partagent un point commun avec les journalistes: ils se répètent souvent. Présentant ce lundi 3 novembre la synthèse du 5e rapport d’évaluation du Giec[1], adoptée dans les premières heures du samedi précédent, Jean Jouzel a paru un peu las. «C’est vrai que nous répétons la même chose depuis 20 ans. Ce 5e rapport précise certaines choses, mais reste dans la continuité des 4 précédents», a reconnu le vice-président du groupe du Giec, chargé d’expliquer les mécanismes du changement climatique.

 

Rien de neuf

Qu’apporte donc ce fameux rapport de synthèse? Rien de neuf. Certes son contenu a été négocié toute la semaine dernière lors d’une réunion du Giec à Copenhague, mais «il ne contient que des données qui se trouvent déjà dans les trois tomes du rapport scientifique», confirme l’ancien patron de l’Institut Pierre-Simon Laplace. Il est tout simplement le best off des 5.579 pages des trois tomes du 5e rapport, que jamais les négociateurs ni les politiques ne liront.

Sans surprise, ce résumé de 116 pages ressasse les messages délivrés par les climatologues depuis des lustres: le changement climatique a débuté, nos émissions de gaz à effet de serre (GES) en sont le principal élément déclencheur, des impacts sont déjà visibles. Ne rien changer à nos modes de vie entrainera un réchauffement supplémentaire, «provoquant des changements à long terme dans l’ensemble des composants du système climatique, augmentant la probabilité d’impacts sévères, envahissants et irréversibles, tant pour les personnes que pour les écosystèmes».

 

Un budget pour 25 ans

Pour stabiliser le réchauffement à 2°C, l’effort à fournir est connu. «Entre la fin du XIXe siècle et le milieu de ce siècle, nous disposons d’un capital de 2.900 milliards de tonnes de CO2. Nous en avons déjà consommé 2.000, dont 1.000 ces 40 dernières années», explique Sylvie Joussaume, directrice du groupement d’intérêt scientifique Climat Environnement Société. «Au rythme actuel de nos émissions, il nous reste encore 25 ans avant d’avoir consommé notre budget carbone», poursuit Nicolas Blériot, secrétaire général de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc). Pour mémoire, les émissions de gaz carbonique anthropiques devraient progresser de 2,5% entre 2013 et 2014, ce qui les placerait à 65% au-dessus du niveau de 1990.

Stabiliser le réchauffement nécessite donc d’abattre de 40 à 70% nos émissions mondiales de GES entre 2010 et 2050. Ce que préconisait déjà une note de bas de page de la feuille de route de Bali, adoptée lors du sommet climatique de décembre 2007. Pour les pays les plus industrialisés, l’effort est bien plus lourd encore. Cela équivaut à réduire de 7% par an nos rejets carbonés: un objectif trois fois plus ambitieux que celui fixé par la loi Pope de juillet 2005!

 

Les technologies existent

Est-ce à notre portée? «Les technologies nous permettant de réduire nos consommations d’énergie, diminuer l’intensité carbone de nos activités, décarboner notre énergie, existent. Nous pouvons les déployer. Mais il nous faudra aussi stopper la déforestation, reboiser», souligne Sylvie Joussaume. La synthèse milite également pour l’instauration d’un prix du carbone, si possible unique. Dimanche, au cours de la conférence de presse, Rajendra Pachaury, président du Giec, a sobrement rappelé que «le coût de l’inaction serait affreusement supérieur à celui de l’action».

A la question de savoir si les politiques promises ou déjà mises en œuvre en Europe, en Amérique du Nord, en Chine ou au Brésil permettraient de stabiliser le réchauffement, les climatologues bottent désormais en touche. «C’est techniquement possible de limiter la montée de la température. Mais la question du déploiement de ces technologies relève du politique», résume l’économiste Jean-Charles Hourcade.

A propos de politiques, aucun d’entre eux, que ce soit au sein du gouvernement, de la majorité ou de l’opposition, n’a réagi à la publication du dernier rapport du Giec. Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies a rappelé, depuis Copenhague, «que nous devons agir vite et de façon décisive si nous voulons éviter les graves perturbations à venir». Prochainement, le gouvernement danois pourrait présenter un plan visant à stopper toute utilisation du charbon en 10 ans. Du grain à moudre pour les prochains rounds de la négociation climatique.

 



[1] Giec: Groupe international d’experts sur l’évolution du climat

 



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