Le Giec doit se réformer

Le 30 août 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le président du GIEC devra s'entourer d'une équipe renouvelée
Le président du GIEC devra s'entourer d'une équipe renouvelée

Après 4 mois d’enquête, l’InterAcademy Council a rendu son rapport sur le fonctionnement du Giec. Parmi ses recommandations : calquer son organisation sur celle d’une grande entreprise. Explications.

 

Après la découverte d’erreurs dans le tome 2 du 4e rapport d’évaluation du Groupement intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), l’ONU a réagi.

 

Le 10 mars dernier, son secrétaire général, Ban Ki-moon, demandait à l’InterAcademy Council [la réunion des académies des sciences, ndlr] d’enquêter sur le travail et les procédures de l’institution chargée d’établir l’état de la connaissance climatique. Le dossier d’instruction devant être rendu avant le 30 août. Mission accomplie. Lundi 30 août, après deux conférences de presse organisées à leur siège new-yorkais, les Nations unies ont rendu public le rapport des enquêteurs.

 

Pendant 4 mois, sous la direction de l’économiste américain Harold Schapiro, une équipe d’académiciens a donc audité le Giec. Au menu : auditions des principaux auteurs du rapport d’évaluation, décorticage du complexe dispositif de rédaction et de validation des différentes moutures des rapports, lecture attentive des drafts, etc. Au bout du compte, un rapport de 113 pages qui appelle à une réforme en profondeur de l’institution co-lauréate du prix Nobel de la paix 2007.

 

Avant d’entrer dans le détail, mettons un terme à l’insoutenable suspens : l’InterAcademy Council ne remet pas en cause les conclusions du 4e rapport d’évaluation, paru en 2007. Malgré quelques erreurs mineures, cette somme de plus de 3.000 pages reste à ce jour, la Bible climatique. N’en déplaisent aux climato-sceptiques.

 

Car, encore une fois, le Giec n’est pas un producteur de science. Basé à Genève, ses modestes bureaux n’abritent aucune paillasse ni le moindre super-ordinateur. Ses milliers de contributeurs, qui consacrent pour chaque rapport jusqu’à deux ans de leur vie professionnelle, établissent un état de l’art des nombreuses sciences du climat, à partir (à quelques regrettables exceptions près) d’articles scientifiques publiés dans des revues à comité de lecture.

 

Cette fantastique « revue de presse » est relue plusieurs fois par des experts de tous les coins du monde qui ne se privent pas d’amender les textes ou de questionner les auteurs principaux (559 en 2007). Les corrections faites, les textes sont ensuite validés par les autorités politiques de 194 pays, gage d’une double légitimité, scientifique et politique.

 

Créé en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et par le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), le Giec n’a pratiquement pas évolué depuis sa naissance. Son staff est toujours aussi ridicule au regard de la tâche qui lui incombe : 10 personnes seulement, même si c’est deux fois plus qu’il y a 22 ans.

 

Cette organisation est d’ailleurs l’une des principales réformes à mener, écrivent les auteurs du rapport de l’InterAcademy Council. Les auditeurs estiment nécessaire d’accroître le nombre de décideurs au sein de l’institution, ne serait-ce que pour ne pas laisser à un nombre d’experts trop réduit le soin de trancher sur des questions scientifiques ou méthodologiques complexes. Raison pour laquelle les enquêteurs appellent à la création d’un comité exécutif qui serait ouvert aux sociétés savantes, mais aussi à la société civile. Le Giec aurait aussi besoin d’un directeur exécutif, chargé de faire tourner la machine au quotidien. Travail auquel ne peut s’atteler correctement son président, Rajendra Pachaury, toujours entre deux avions.

 

Le rapport demande également que les éditeurs des révisions des prochains rapports soient nantis d’une plus grande responsabilité pour gérer les commentaires et les suggestions de leurs relecteurs. Difficile, en effet, de donner suite à des centaines de remarques, comme c’est le cas après chaque round de relecture. Pour mémoire, les différentes versions des textes composant le 4e rapport d’évaluation contiennent environ 90.000 de ces commentaires...

 

Le rapport du Giec manque aussi de cohérence. Les trois tomes (le premier est consacré aux changements climatiques, le second aux conséquences du phénomène, et le troisième aux moyens de s’adapter auxdits changements) n’évaluent pas les risques de la même façon. Dans la même veine, les rapporteurs du Giec sont désormais priés d’asseoir leur jugement sur un maximum de données ou d’éléments de preuve. Un conseil qui permettra d’éviter, à l’avenir, que ne se renouvellent des erreurs comme l’annonce prématurée de la fusion des glaces de l’Himalaya.

 

La communication n’est pas le fort du Giec. L’institution a mis plusieurs semaines à répondre aux accusations portant, précisément, sur ces glaces ou sur la partie submersible des Pays-Bas. Insensé à l’heure d’internet. Pour éviter que ne se renouvelle pareil « bug », l’InterAcademy Council milite pour l’embauche d’un responsable de la communication.

 

Les limiers mandatés par l’ONU proposent aussi d’édicter des critères de sélection des principaux responsables de la rédaction des rapports. A charge notamment pour eux de fixer précisément le périmètre des chapitres des prochains rapports. Car, qui trop embrasse, mal étreint.

 

Salué par le président du Giec, le rapport de l’InterAcademy Council n’est jamais que le 6e de l’année à scruter les us et coutumes de l’institution internationale. Une institution certes imparfaite, mais qui a le mérite d’organiser un travail considérable et indispensable, qu’aucune autre organisation ne saurait réaliser. Un problème toutefois : la rédaction des trois prochains rapports du Giec étant commencée (et quasiment achevée pour le rapport sur les énergies renouvelables et sur la gestion des catastrophes), nul ne sait quand les recommandations de l’InterAcademy Council seront mises en œuvre. 



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