Le «Giec» de la biodiversité pourrait voir le jour en 2010

Le 29 octobre 2009 par Sabine Casalonga
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Lancée en 2005 par la France, l’idée de créer une structure internationale pour la biodiversité, sur le modèle du Giec (1), est en bonne voie pour se concrétiser en 2010, à l’occasion de l’année internationale de la biodiversité. Les oppositions de principe ont été levées début octobre lors de la réunion du Pnue (2) à Nairobi. Restent à résoudre plusieurs questions-clés et à faire tomber les ultimes réticences.

«Je suis très confiante sur la création de l’IpBes (3) en 2010», a déclaré la secrétaire d’Etat à l’écologie, Chantal Jouanno, jeudi 22 octobre en clôture d’une conférence organisée par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) en partenariat avec l’Iddri (4) et le Meeddm. L’idée avait été lancée en 2005 par Jacques Chirac lors d’une conférence à Paris. Trois ans après, en novembre 2008, une première réunion du Pnue est organisée en Malaisie. Mais la majorité des Etats refusent alors d’ouvrir les négociations. «C’est le Brésil qui a donné le ton, en se montrant réservé sur le principe même de la création de cette instance», rappelle Lucien Chabason, directeur délégué de l’Iddri. Au sein même de l’Union européenne, beaucoup d’Etats étaient également réservés, précise François Wakenhut, de la direction générale Environnement de la Commission européenne.

Et pourtant, un changement semble s’être opéré du 5 au 9 octobre à Nairobi (Kenya) lors de la deuxième réunion intergouvernementale du Pnue. «Une position en faveur de la création de l’IpBes ainsi qu’une définition claire de son mandat se sont enfin dégagées. Sa création rapide a également fait consensus. 2010, année internationale de la biodiversité, c’est le moment où jamais», juge François Wakenhut. Les positions du Brésil et de la Chine ont sensiblement évolué. «Même s’il n’y a pas eu d’accord formel, il existe une fenêtre d’ouverture», confirme Anne-Hélène Prieur-Richard, directrice adjointe du programme international de recherche Diversitas.

L’objectif de l’IpBes? Favoriser une meilleure prise de conscience des citoyens et des politiques quant aux conséquences de l’érosion de la biodiversité, en s’appuyant sur le modèle du Giec qui a prouvé son efficacité pour faire connaître les impacts du changement climatique. La conférence de Nairobi a d’ailleurs été présidée par Robert Watson, président du Giec de 1997 à 2002. Un consensus y a émergé sur les missions de la plateforme qui devra réaliser des évaluations périodiques de l’état de la biodiversité, mais aussi servir de réseau d’échange de connaissances entre pays du Nord et du Sud. Une enquête conduite par l’UICN auprès de plus de 300 acteurs internationaux de la société civile et de la communauté scientifique montrent qu’ils plébiscitent à 80% la création du Giec de la biodiversité. «L’IpBes devra être renforcé par l’évaluation du prix de la biodiversité et des services rendus par les écosystèmes», estime François Wakenhut. A cet égard, le rapport Teeb (Economie des écosystèmes et de la biodiversité) dirigé par l’économiste Pavan Sukhdev est très attendu.

D’ici la prochaine réunion du Pnue en avril 2010 où la décision finale devra être entérinée avant sa validation par les Nations unies en septembre 2010, de nombreux obstacles restent à lever. «L’Australie et les Etats-Unis demeurent des éléments de blocage même si la position de ces derniers, en construction, devrait évoluer positivement, souligne François Wakenhut. Les positions de la Chine et de l’Inde, sont aussi difficiles à cerner.» Quant au Brésil, sa position bien qu’infléchie sera en partie déterminée par l’issue de la conférence de Copenhague sur le thème des forêts. L’UE, dont deux Etats sont encore opposés -la Belgique et la République Tchèque- a indiqué sa volonté de mener des négociations bilatérales avec des pays clés comme le Canada, la Malaisie, le Mexique, ainsi que les pays africains.

La question de la gouvernance et notamment de la place donnée à la société civile et à la communauté scientifique sera centrale. «Une tendance lourde, notamment portée par les pays du Sud, penche en faveur d’une structure dans laquelle les ONG et les scientifiques auraient uniquement un rôle d’observateurs, souligne Lucien Chabason. Mais cela n’interdit pas aux Etats de désigner des représentants au sein de groupes exécutifs». . «La condition du succès est de garantir aux pays du Sud une participation active, car certains craignent que l’IpBes soit utilisé comme une arme contre leur accès vital aux ressources», analyse Anne-Sophie Cerisola du ministère des affaires étrangères.

Si l’IpBes voit le jour en 2010, cela compensera, en termes politique au moins, l’échec des objectifs de l’UE pour stopper la perte de la biodiversité. D’ici là, la FRB qui a posé sa candidature pour le secrétariat de la future entité à Paris, appelle à la mobilisation de tous les acteurs nationaux, scientifiques, ONG, entreprises et médias. A l’échelle française, la Ligue Roc plaide, dans un communiqué du 27 octobre, pour une prise en compte de la biodiversité dans le cadre du grand emprunt en proposant 10 mesures et un milliard d'euros d'investissements.

(1) Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat
(2) Programme des Nations unies pour l’environnement
3) Plate-forme intergouvernementale science-politique sur la biodiversité et les systèmes écosystémiques
(4) Institut du développement durable et des relations internationales


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