Le Giec: 25 ans d’expertise

Le 26 septembre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le Giec ne mène pas de recherches. Il synthétise les connaissances.
Le Giec ne mène pas de recherches. Il synthétise les connaissances.
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Peu connu du grand public, le Giec n’est pas un centre de recherche. Coordonné par des institutions onusiennes, ce réseau mondial de chercheurs dresse régulièrement un état des connaissances sur le climat. Ses rapports d’évaluation servent, en principe, de socle scientifique à la décision politique. Quand elle est prise.

Les origines du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) sont à rechercher en Autriche. En octobre 1985, à l’invitation de Mostapha Tolba, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), des climatologues de 29 nations, industrialisées et en développement, font le point sur l’évolution du climat. Voilà des années, en effet, que le sujet est au centre des préoccupations des scientifiques et des politiques.

En 1968, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Conseil international pour la science (CIS) lancent le programme de recherche sur l’atmosphère globale (Garp). Six ans plus tard, le secrétaire général de l’OMM souligne, au cours de la première conférence mondiale sur l’alimentation, que de nombreux résultats «font état de possibles impacts des changements climatiques sur la production mondiale de nourriture et d’autres activités humaines».

Néfaste pour l’humanité

En 1978, les scientifiques présentent, à Vienne, les résultats du Garp. En février 1979, l’OMM convoque, à Genève, la première conférence mondiale sur le climat. Cent experts exhortent les nations à prendre la mesure «de l’influence omniprésente du climat sur les activités humaines». Les chercheurs les incitent aussi «à prévoir et prévenir les changements climatiques qui seraient dus à l’activité de l’homme et dont les effets seraient néfastes pour le bien-être de l’humanité».

Dans la foulée est lancé le World Climate Programme (WCP). Son principal projet, le World Climate Research Programme (WCRP), est placé sous la tutelle du CIS, de l’Unesco, de l’OMM. Son but: évaluer les changements climatiques futurs et leurs conséquences. Le plausible est devenu probable.

Les données sont suffisamment nombreuses et cohérentes pour que les scientifiques se décident à donner de la voix. Depuis Villach (Autriche), ils lancent un appel, prémonitoire. Ceux qui ne sont pas encore appelés climatologues affirment que les activités humaines sont responsables d’une hausse de la concentration dans l’atmosphère de CO2 et d’autres gaz à effet de serre (GES). Ce changement dans la composition de l’atmosphère donnera un coup de chaud à la température moyenne globale, de l’ordre de 1,5°C à 4,5°C en cas de doublement de la teneur en dioxyde de carbone. Cet échauffement fera monter le niveau des mers de 20 à 140 centimètres.

Développement durable

La déclaration de Villach est reprise par la commission Brundtland, chargée par l’ONU de plancher sur le «développement durable». Dans son rapport, publié en mars 1987, l’aréopage appelle l’ONU et les Etats à coordonner leurs efforts pour poursuivre les recherches et mettre en œuvre des stratégies d’adaptation et de réduction des émissions de GES. Dans les mois qui suivent, l’OMM et le Pnue fondent le Giec. Il est porté sur les fonts baptismaux l’année suivante, lors de la conférence mondiale sur le changement de l’atmosphère qui se tient fin juin 1988, à Toronto. Fait sans précédent: les 300 scientifiques présents appellent à réduire de 20%, en 26 ans, les émissions mondiales de CO2. Ils ne seront pas entendus.

Déjà 3°C

Les climatologues ne chôment pas. Publié en 1990, leur premier rapport (942 pages en trois tomes) n’est —déjà— pas réjouissant. Oui, affirme-t-il, le réchauffement climatique est en marche. Oui, les activités humaines accroissent les concentrations de GES dans l’atmosphère. Oui, la température moyenne globale a progressé de 0,3°C à 0,6°C sans que le phénomène puisse être attribué au soleil. Oui, le niveau des mers s’est élevé de 10 à 20 cm. Oui, si rien ne change, la température pourra grimper de 3°C d’ici la fin du XXIe siècle (une prévision toujours d’actualité!). Ces conclusions seront le socle de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, signée en 1992 lors du sommet de la terre de Rio.

Trois ans passent avant que le Giec ne publie son second rapport d’évaluation. Sans surprise, le document, qui s’est alourdi (trois tomes, mais 1.400 pages), confirme les tendances du premier opus et note que les activités anthropiques tendent à perturber le climat.

Les choses se précisent, en 2001, dans le troisième rapport d’évaluation. Toujours plus lourd, il affirme, cette fois, que la température globale s’est bien élevée de 0,6°C, en moyenne, durant le XXe siècle. Les couvertures de neige et de glace ont diminué. Le niveau des océans s’élève. Et ces mers absorbent toujours plus de chaleur. Les facteurs naturels, enfin, ne peuvent expliquer à eux seuls de tels phénomènes.

Du jamais vu en 1.300 ans

Six ans passent avant la publication du quatrième rapport d’évaluation. Sans surprise, il se situe dans la droite ligne des précédentes moutures. Il confirme, sans le moindre doute toutefois, la responsabilité humaine dans la perturbation du climat. S’appuyant sur les données de la paléoclimatologie, le document affirme que le réchauffement observé au cours de la seconde moitié du XXe siècle sont du jamais vu depuis 1.300 ans. Continuer d’émettre d’importants volumes de GES aggravera les perturbations du système climatique mondial.

Et il faudra s’adapter à la montée du niveau de la mer qui se poursuivra des siècles durant, aux changements du régime des vents, à la multiplication des événements climatiques extrêmes (tempête, inondation, sécheresse). Ce rapport restera, dans les mémoires, comme celui de l’erreur de l’Himalaya. Selon les analyses du second tome, les glaciers de l'Himalaya reculaient plus vite que les autres du monde et «pourraient disparaître d'ici 2035, voire avant», quand il aurait fallu écrire 2350.

Cette erreur coûta cher à la réputation du réseau de scientifiques. D’autant que son président, Rajendra Pachaury, mit plusieurs mois à la reconnaître publiquement et à faire amende honorable. Un retard à l’allumage qui contribua à attiser la diatribe climato-sceptique.

 

Un réseau qui ne dort jamais
Quand ils ne rédigent pas les rapports d’évaluation, les rédacteurs du Giec (toujours bénévoles) ne restent pas les bras croisés. Régulièrement, ils publient des documents de référence (sur les scénarios de référence ou sur les méthodes de comptabilisation d’émission de GES), des rapports spéciaux (l’impact de l’aviation, les effets de la déforestation, le stockage géologique du CO2). Les deux derniers rapports spéciaux ont été consacrés aux énergies renouvelables, en 2011, et aux événements climatiques extrêmes, en 2012.


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