Le gaz de schiste britannique a du plomb dans l’aile

Le 23 avril 2013 par Marine Jobert
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L'opinion publique risque d'être réticente à la fracturation hydraulique, estiment les rapporteurs.
L'opinion publique risque d'être réticente à la fracturation hydraulique, estiment les rapporteurs.
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C’est une douche froide pour les tenants de l’exploitation du gaz de schiste britannique, administrée par un panel d’experts peu suspects d’amitiés écologistes ou décroissantes. Le Carbon Connect est un think tank, co-présidé par Charles Hendry -ancien ministre britannique à l’énergie (2010-2012) et par la Baronne Worthington -porte-parole des Travaillistes pour les questions d’énergie et de changement climatique à la Chambre des Lords-, qui ambitionne de décarboner le pays de façon soutenable. Nucléaire, énergies renouvelables, stockage de CO2 et gaz de schiste; autant de sujets passés en revue par 30 experts issus du monde universitaire, industriel, de l’administration et du gouvernement, réunis pour débattre de la place des énergies fossiles dans le mix énergétique du pays.

Alors que le moratoire sur l’exploration des gaz de schiste a été récemment levé [JDLE] et des incitations fiscales annoncées en faveur des exploitants et des communes, les conséquences tout azimut de son exploitation reviennent sur le devant de la scène britannique. Avec des questions aussi essentielles que de savoir dans quelle mesure il pourrait atténuer les risques d’inflation tarifaire du gaz ou d’évaluer les incertitudes qui règnent autour des bénéfices, des coûts et des risques de leur exploitation. L’étude publiée, ce mardi 23 avril, par Carbon Connect ne plaide pas en faveur de ces hydrocarbures non-conventionnels qui ont pourtant enflammé le grand frère américain.

Sans nier que cette nouvelle manne pourrait avoir des effets bénéfiques sur l’économie, les auteurs se montrent très circonspects à court et moyen terme sur les bienfaits de l’exploitation des gaz de schiste. Et de pointer des estimations très floues sur les quantités présentes dans le sous-sol britannique –«probablement l’équivalent de la moitié des ressources conventionnelles»- avec des taux de récupération –entre 1 et 7 ans de consommation- et des coûts incertains, dans des zones densément peuplées. «En dépit des efforts annoncés par le ministre du budget pour promouvoir le gaz de schiste en Grande-Bretagne, de grandes incertitudes demeurent autour du coût et des développements de cette industrie, qui pourrait s’étaler sur une décennie, et ne donneront vraisemblablement pas un gaz bon marché à la Grande-Bretagne», estime l’étude. Et de se référer à l’exemple polonais –pays européen le plus avancé au plan de l’exploration- «dont l’estimation des réserves récupérables a été divisée par 10 par rapport au départ. Les analyses convergent sur le fait qu’en dehors de l’Amérique du Nord et de l’Australie, l’extraction du gaz non conventionnel n’atteindra pas des quantités importantes au moins avant 2020». La faute au temps long à des phases d’exploration et à l’obtention des permis et de l’accès aux terrains, plus ardu en Europe qu’ailleurs. «C’est le gaz de schiste américain qui a le plus de chance d’avoir un impact sur les marchés de l’énergie à court terme», estiment les auteurs.

Après avoir passé en revue les modes de production –50% en offshore aux larges des côtes britanniques, 50% importé- et les modes d’approvisionnement -4 pipelines, 5 terminaux gaziers- le rapport fait le pari que dans l’hypothèse où le pays produirait de grandes quantités de gaz à un coût réduit, «notre marché libéralisé et très interconnecté aurait très probablement pour conséquence que ce gaz bon marché serait vendu plus cher sur des marchés à l’étranger.» Les rapporteurs mettent en garde contre l’effondrement des prix du gaz aux Etats-Unis, dû selon eux à un encombrement dans la fourniture de gaz, à cause de capacités d’export limitées. «Les coûts de l’extraction des gaz non conventionnels sont plus élevés que ceux des ressources conventionnelles, à cause du plus grand nombre de puits à forer. A cela s’ajoute des coûts supplémentaires pour la compression et le transport du gaz naturel liquéfié (GNL).»

Le coup de grâce est donné par une comparaison entre les situations américaine et britannique. Des territoires plus peuplés –limitant la quantité de terrains accessibles et augmentant la nécessité d’obtenir l’accord des populations- qui complexifient encore les nombreuses opérations de transport d’eau, de sable et d’additifs, avec un droit du sol différent –c’est la Couronne britannique qui récupère les subsides issus de l’exploitation, et non les propriétaires terriens- le tout encadré par une réglementation plus rigoureuse qu’aux Etats-Unis. «L’acceptation par le public risque d’être le problème principal, avec un débat intense polarisé sur le futur de la fracturation hydraulique en Grande-Bretagne et de nombreuses manifestations sur les lieux des puits de test dans le Lancashire. Cela, en plus de contraintes réglementaires supplémentaires, va alourdir les coûts (…), qu’il faudra en définitive rajouter aux coûts de l’extraction eux-mêmes.»



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