Le gaz de mine en remet une couche dans le Nord-Pas de Calais

Le 19 décembre 2013 par Marine Jobert
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Le site de Gazonor, à Avion, dans le Nord-Pas-de-Calais.
Le site de Gazonor, à Avion, dans le Nord-Pas-de-Calais.
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Sous le vocable générique de gaz de houille se cachent deux réalités géologiques: le gaz de mine et le gaz de couche.  Le premier «fuit» naturellement, quand le second a besoin, la plupart du temps, que la roche soit «stimulée» pour être récupéré. Des citoyens du Nord-Pas de Calais s’inquiètent qu’à l’occasion du renouvellement de 2 concessions de gaz de mine, la technique de la fracturation hydraulique puisse revenir par la petite porte.

Le gaz de mine est aux hydrocarbures non-conventionnels ce que le vaccin est à la maladie: un moindre mal. Son exploitation dans l’ancien bassin minier du Nord est même vue d’un bon œil. En 1992, deux concessions (Poissonnière et Désirée) sont accordées pour 25 ans à l’entreprise Gazonor, pour pomper le méthane libéré par le charbon et maintenir en dépression les vides créés par des décennies d'exploitation minière. Le renouvellement de ces concessions ne devait être qu’une formalité. Sauf que le dossier déposé en 2009 par l’industriel –racheté par European Gas Limited, qui a lui-même été racheté depuis par Transcor Astra Group, une filiale du holding CPN d’Albert Frère, milliardaire belge par ailleurs actionnaire de Total- fait état en toutes lettres de l’usage de la fracturation hydraulique. Non pas pour extraire du gaz de mine, mais pour se tourner vers le gaz de couche… Késako?

 

Deux gaz de houille

Petit détour sémantiqueLe gaz de mine est «issu de mines de charbon (…) et récupéré par pompage depuis 1975, par exemple dans les mines désaffectées du Nord-Pas-de-Calais». Le gaz de couche, «produit à partir de couches de charbon n’ayant pas donné lieu à exploitation minière classique, en raison de leur profondeur ou de leur mauvaise qualité», est souvent qualifié de ‘coalbed methane’, qui a fait la fortune des Etats-Unis (et que l’on appelle abusivement gaz de schiste). Ces deux réalités géologiques sont souvent désignées sous un seul vocable, le gaz de houille, devenu très à la mode ces derniers temps. Notamment sous la plume des membres de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opesct), qui consacraient récemment un rapport aux techniques alternatives à la fracturation hydraulique. Les élus de la République y soutiennent que «le gaz de couche[1] est susceptible d’être exploité sans recours à la fracturation hydraulique», en se fondant sur les pratiques en cours dans une petite partie de l’Australie et dans «certains bassins américains».

 

Fracturer les roches

Or la récupération de ce méthane nécessite bien le recours à la fracturation hydraulique, comme le confirme l’Institut français du pétrole-Energies nouvelles dans un document édité en 2011. Récemment, l’Institut nationale de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) réalisaient un état complet des connaissances scientifiques disponibles sur l’exploitation du gaz de houille. Ils indiquaient alors que pour récupérer ce résidu de gaz naturel au sein des gisements houillers, «dans la plupart des cas», le recours à de la «stimulation du massif rocheux» était nécessaire, pour augmenter la perméabilité de la roche et faciliter la récupération du gaz.

 

Renouvellement déguisé?

Retour dans le Nord-Pas de Calais. L’apparition du terme «gaz de couche» dans les demandes de renouvellement des concessions a suscité l’inquiétude d’habitants. D’autant que deux demandes de permis d’exploration d’hydrocarbures liquides et gazeux -Permis du Valenciennois et Permis Sud Midi- déposées par EGL faisaient également référence au gaz de couche et à la fracturation hydraulique. Le collectif «Houille-ouille-ouille 59/62» s’est crée, qui demande notamment à ce que la demande de prolongation de concession ne soit pas accordée, puisqu’il s’agirait d’un nouvel objectif géologique et de nouvelles techniques d’extraction. Une enquête publique s’est déroulée jusqu’au 9 décembre.

 

Pas d’étude d’impact

Mais les soupçons des opposants achoppent sur la nouvelle posture prudente des industriels du secteur, qui depuis la loi du 13 juillet 2011 -qui interdit le recours à la fracturation hydraulique pour la recherche d’hydrocarbures- ont expurgé leur dossier technique de toute référence à cette technique[2]. Leur conviction vient toutefois de ce qu’«il est écrit en toutes lettres dans le dossier d’enquête publique [de prolongation des concessions pour le gaz de mine] l’intention d’exploiter le gaz de couche sur les deux concessions et sur les deux permis de recherche, explique Christine Poilly, du collectif Houille-ouille-ouille 59/62, au Journal de l’Environnement. C’est un peu fort de café de faire passer l’exploitation du gaz de couche sans étude d’impact, dans une simple demande de prolongation de concession». Les conclusions de l’enquête publique devraient être connues fin janvier.

 



[1] La terminologie employée dans ce rapport oscille sans cesse. Ici, le terme gaz de couche désigne le gaz de houille, sans précision.

[2] A l’exception notable du pétrolier texan Schuepbach, auteur d’une saisine malheureuse du Conseil constitutionnel. Une franchise qui lui a d’ailleurs coûté à ses deux permis de Nant et de Villeneuve-de-Berg, qui lui ont été retirés début octobre 2011.

 

 



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