Le fumier, un moteur d’antibiorésistance

Le 08 octobre 2014 par Romain Loury
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Le fumier, un nouveau rôle dans l'antibiorésistance
Le fumier, un nouveau rôle dans l'antibiorésistance
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L’épandage de fumier favorise l’émergence dans le sol de bactéries résistantes aux antibiotiques, qui contaminent les cultures. Or ce phénomène se produit même lorsque les animaux n’ont pas été traités aux antibiotiques, révèle une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas).

 

Le fumier constitue une importante source d’antibiorésistance, rien de neuf là-dedans. Or on pensait qu’elle ne survenait qu’avec du fumier provenant d’animaux ayant reçu des antibiotiques, dont les excréments recèlent des germes rendus résistants. Mais ce n’est pas toujours le cas, comme le montrent Nikolina Udikovic-Kolic, biologiste à l’université Yale à New Haven (Connecticut), et ses collègues.

Dans leur étude, les chercheurs montrent que même le fumier provenant d’animaux non traités favorise la prolifération dans le sol de bactéries résistantes qui s’y trouvaient déjà. Pour cela, ils ont traité des parcelles de sol avec des engrais organiques ou minéraux, analysant la composition bactérienne au fil du temps.

Selon leurs résultats, le sol traité avec du fumier subit un enrichissement en bactéries produisant des bêta-lactamases, enzymes de résistance à plusieurs antibiotiques. Or ces bactéries, absentes du fumier, étaient déjà présentes dans le sol en faibles quantités, se trouvant ainsi boostées par le traitement organique.

La piste des métaux lourds

Au lieu du seul rôle qu’on lui connaissait jusqu’alors, celui de vecteur de bactéries résistantes, le fumier s’avère donc capable de nourrir celles déjà présentes dans le sol. Si les chercheurs ne s’expliquent pas encore ce phénomène, ils s’apprêtent à explorer une piste: celle des métaux lourds, contenus en petite quantité dans le fumier.

Selon de précédents travaux, les bactéries résistantes aux antibiotiques sont également moins sensibles aux métaux lourds. Ceux-ci pourraient ainsi agir comme agents de sélection, favorisant les germes antibiorésistants au détriment de ceux qui ne le sont pas.

Si l’antibiorésistance menace la santé humaine, c’est parce qu’elle prive la médecine de médicaments efficaces pour traiter les infections. Après les avoir interdits comme promoteurs de croissance dans les élevages, l’Union européenne s’apprête à en proscrire l’usage préventif.

Moins avancés sur le sujet, les Etats-Unis commencent aussi à agir, en exigeant la prescription d’un vétérinaire avant toute administration et en empêchant leur commercialisation comme promoteurs de croissance.



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