Le frelon asiatique prend la mouche

Le 15 juillet 2014 par Romain Loury
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Conops vesicularis, tombeur de la reine
Conops vesicularis, tombeur de la reine
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Une petite mouche jusqu’alors peu étudiée, la Conops vesicularis, s’avère capable de parasiter le frelon asiatique, auquel on ne connaissait jusqu’alors aucun prédateur ou parasite en Europe. Publiée dans la revue Apidologie, cette découverte pourrait ouvrir la lutte biologique contre cette espèce invasive.

Arrivé en 2004 dans le sud-ouest à l’intérieur de vases chinois, le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) a rapidement fait sa place en France. Outre la destruction des nids, le piégeage –à ce jour non sélectif- et l’autorisation temporaire fin 2013 du dioxyde de soufre (voir le JDLE), les moyens de lutte contre ce prédateur des abeilles demeurent maigres.

Selon Eric Darrouzet, de l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte (IRBI, CNRS/université de Tours), l’hyménoptère chinois a colonisé «plus de 70% du territoire français» en 10 ans, et se trouve désormais en Espagne, au Portugal, en Italie et en Belgique. En Indre-et-Loire où il réside, le chercheur fait état d’une «croissance exponentielle», avec seulement 3 colonies découvertes en 2009 et «plus de 600» en 2013.

A l’étude de ces tueurs d’abeilles, les chercheurs tourangeaux se sont demandé si, après tout, ils ne souffraient pas de parasites en Europe. Pour cela, ils ont étudié, entre juin et août 2013, 12 nouveaux nids de frelons asiatiques des environs de Tours. Seuls 3 d’entre autres ont finalement donné des colonies, les 9 autres périclitant rapidement.

Parmi ces derniers, deux renfermaient une reine morte, qui n’avait pas eu le temps d’accomplir son œuvre. Toutes deux étaient dévorées de l’intérieur, et le coupable était encore sur place: selon des analyses génétiques, il s’agissait de Conops vesicularis. Dans le premier cas de sa larve, dans le second de sa pupe –un stade entre la larve et l’adulte, tel que la chrysalide du papillon.

Conops vesicularis appartient à la famille des conopidés, de petites mouches parasitoïdes. Entre juin et juillet, la femelle vient pondre ses œufs sur l’abdomen d’un autre insecte. Ils pénètrent dans l’hôte après éclosion, et se nourrissent de ses entrailles, entraînant sa mort en une quinzaine de jours. A l’état de pupes, ils restent en dormance dans le cadavre, n’en sortant qu’au printemps sous forme adulte.

Des goûts alimentaires à déterminer

Grâce à ce parasitoïde, «on peut espérer que le frelon asiatique connaîtra une stagnation, voire un déclin», estime Eric Darrouzet. Au-delà, les chercheurs envisagent d’ores et déjà une nouvelle arme biologique. Reste à savoir quelles sont les préférences de Conops vesicularis, insecte peu connu, et notamment dans quelle mesure il s’en prendra au frelon asiatique plutôt qu’à d’autres espèces européennes.

Selon le chercheur, d’autres conopidés s’attaquent aux bourdons et aux guêpes, «à ma connaissance pas aux abeilles». Afin que le remède ne dépasse pas le mal, il faudra donc s’assurer des goûts de Conops vesicularis, une fois celle-ci mise en présence de frelons asiatiques, de bourdons, de guêpes et d’abeilles. Pour Eric Darrouzet, quatre années d’étude seront nécessaires à mieux connaître l’espèce.

Avec ses collègues de l’IRBI, le chercheur travaille déjà à d’autres moyens de lutte contre le frelon asiatique, en particulier à du piégeage sélectif. Un premier piège pourrait être commercialisé fin 2015: il s’agit d’un dispositif dont l’architecture permet de laisser entrer tous les insectes, mais dont seuls les frelons asiatiques, en raison de leur taille, échouent à sortir.

Selon de récents résultats, à confirmer l’année prochaine, la spécificité de ce piège vis-à-vis du frelon asiatique était de 100% lors des piégeages de printemps. Idem lors de ceux d’été: à l’exception d’un frelon européen, tous les insectes piégés étaient des frelons asiatiques.

D’autres méthodes sont en cours de recherche à l’IRBI. L’une recourt à des odeurs du frelon asiatique déposées à l’entrée du piège, de manière à faire fuir les autres espèces. Une autre fait appel à des phéromones spécifiques au frelon, en vue de les attirer dans le piège.



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