Le formaldéhyde en mauvaise posture

Le 09 janvier 2006 par Christine Sévillano
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chimie
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Le formaldéhyde, plus connu sous le nom de formol, a fait récemment l'objet d'une demande de classement plus sévère, auprès de l'Union européenne (UE). L'initiateur, la France, s'est basé sur des travaux que contestent les Américains.

L'une des substances les plus discutées dans les mois à venir devrait être le formaldéhyde (ou formol). Alors que la France a demandé en juillet 2005 à l'Union européenne de la classer en catégorie 1, c'est-à-dire cancérigène avéré pour la santé de l'homme, la dernière réunion du bureau européen des substances chimiques en novembre dernier n'a pas avancé sur ce point. Et la prochaine en février 2006 ne devrait pas être plus concluante. Le formaldéhyde, actuellement classé en catégorie 3, soit un danger suspecté mais non vérifié ni sur l'homme ni sur l'animal, a fait l'objet d'études très controversées. La demande française, montée par l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), est intervenue suite au reclassement de la substance opéré par le Centre international de recherche sur le cancer (Iarc) en juin 2004 de catégorie 3 à 1. «Le Iarc s'est basé sur une étude épidémiologique américaine qui est en train d'être révisée. Aucune décision ne devrait être donc prise avant les résultats de cette révision qui seront connus cette année. Toutefois, nous prenons au sérieux les travaux du Iarc», explique Patrick Lévy, médecin-conseil à l'Union des industries chimiques (UIC). En outre, cette étude a été remise en cause après réexamen par des scientifiques américains.

Contenu généralement dans des solutions aqueuses à 37%, le formaldéhyde est une substance corrosive, irritante par inhalation, par le contact avec la peau. Elle peut aussi provoquer des allergies. Le risque de pathologie, mis en avant par le Iarc et relayé par les experts de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), qui a préparé le dossier français, est le cancer du naso-pharynx. Sept cas ont été relevés dans une équipe à l'étude alors le nombre attendu de cas de ce cancer était de 4. «Ce qui reste peu élevé, mais assez pour que le Iarc retienne des liens avérés entre ce cancer et l'exposition au formaldéhyde. Il a également relevé des cas de leucémie, mais ils n'ont pu être attribués de façon certaine à l'exposition au formol», assure Annie Laudet, toxicologue à l'INRS. La catégorie 1, comme la 2, impose de fortes contraintes aux industriels: ils doivent éliminer la substance des produits grands publics et trouver des produits alternatifs. «Il existe des possibilités de substitution dans des niches comme les cosmétiques, mais pas dans les panneaux à particules qui représentent 60% à 70% de la production du formaldéhyde. La réponse essentielle des industriels est de maîtriser les risques, effort qu'ils poursuivront s'ils ne parviennent pas à trouver de substitution en cas de reclassement», affirme Patrick Lévy.

Le formaldéhyde se retrouve dans de nombreuses applications, puisqu'il sert dans la production de résines utilisées comme adhésifs et liants dans les produits du bois, la pâte à papier, le papier, la laine de verre et la laine de roche. On trouve également du formol dans des produits désinfectants utilisés dans les centres hospitaliers ou comme conservateurs dans les cosmétiques. Le formaldéhyde existe aussi à l'état naturel dans la décomposition de matériaux comme les feux de forêt. Plus d'un million de travailleurs européens sont exposés à cette substance à des degrés divers et plus particulièrement dans l'industrie des panneaux à particules et de l'ameublement, l'industrie du papier, mais aussi des professions comme les embaumeurs ou les pathologistes. La France en consomme 280.000 tonnes par an et l'Europe des 15, 7,2 millions de tonnes. La valeur limite d'exposition actuelle recommandée en France est de 1 partie par million (ppm) pour une durée courte (15 minutes) et de 0,5 ppm pour 8 heures d'exposition, soit plus que les 0,3 conseillés aux Etats-Unis ou en Allemagne. Un seuil européen est en cours d'étude, les scientifiques ayant déjà proposé celui de 0,2. «Si la catégorie 1 ne devait pas être retenue au niveau européen, nous espérons au moins un classement en catégorie 2, puisque des effets ont également été constatés chez les animaux», conclut Annie Laudet.




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