Le foie gras ne connaît pas la lutte des classes

Le 06 novembre 2013 par Marine Jobert
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Photo prise par L214 dans une usine vendéenne.
Photo prise par L214 dans une usine vendéenne.
L214

Qu’il finisse sur du pain de mie anglais servi par un chef de rang dans un grand restaurant des Champs-Elysées ou sur de vulgaires tranches de baguette tirées du grille-pain par une belle-mère gourmande, le foie gras est produit dans les mêmes conditions sanitaires pour les riches et pour les pauvres. C’est ce que démontre une enquête de l’association L214, menée dans 6 usines vendéennes détenues par le fournisseur officiel de grands noms de la gastronomie française. Que vous poussiez la porte du Fouquet’s, du Meurice ou des Brasseries Flo, c’est le même canard, gavé par une filiale de l’entreprise Ernest Soulard, qui vous sera servi. L’association pour la défense du bien-être animal exhorte donc les toqués prestigieux qui règnent sur les cuisines (dont Joël Robuchon et Alain Ducasse) «à ne pas cautionner cette maltraitance animale, à cesser de servir du foie gras et à écrire une nouvelle page de la gastronomie». L214 annonce également qu’elle porte plainte contre la société Soulard pour maltraitance envers les animaux.

 

Estomacs sensibles s’abstenir

Certes, les images de ces canards entravés 24 heures sur 24 dans des cages métalliques interdites dans l’Union européenne[1], à qui on enfourne deux fois par jour des rations de 500 grammes de bouillie de maïs que certains finissent par vomir, ont de quoi dégoûter quelque peu des agapes de fin d’année. Sans compter les animaux maculés de bouillie, les cadavres d’oiseaux qui n’ont pas survécu au gavage ou aux maladies inhérentes aux élevages industriels. «Un grand nombre d'oiseaux sont en détresse respiratoire profonde, dysnée (difficulté respiratoire), bec ouvert et polypnée (augmentation de la fréquence respiratoire, avec diminution du volume courant)», observe Yvan Beck, docteur en médecine vétérinaire à l’université de Liège (Belgique), interrogé par L214. Il constate qu’un certain nombre d’animaux présentent «des lésions (plaies) tant des pattes que du corps causées par les structures métalliques des cages et les caillebotis». «Nous n’avons pas sollicité l’avis de scientifiques français, précise Brigitte Gothière, de L214. Car il existe des liens très forts entre l’Institut national pour la recherche agronomique[2] et la filière foie gras, donc aucune étude française ne viendra remettre en question cette production». Il faut effectivement se tourner vers l’Union européenne et l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) pour lire des avis dissonants sur la question.

 

La schizophrénie du porte-monnaie

Cette enquête n’apporte pas d’éléments factuels totalement inédits, mais remet en lumière le découplage qui existe entre le citoyen –qui prône le bien-être animal- et le consommateur –qui achète des produits issus de l’élevage industriel. Les clients des grandes tables feront-ils montre de la même schizophrénie? Les «maîtres d'hôtel» de L214, équipés d’un liteau[3] de service tâché de sang, les attendront, les 7 et 8 novembre, devant plusieurs palaces parisiens pour leur rappeler «qu’au supermarché ou chez les grands chefs, la souffrance animale causée par la production de foie gras est la même».

 



[1] mais autorisées par dérogation en France.

[2] Les travaux d’un chercheur de l’Inra sont mentionnés sur le site des entreprises Soulard, dont les dires sont au passage partiellement démentis par les images produites par L214.

[3] Serviette, blanche de préférence, destinée à protéger les mains du serveur contre le contact brûlant des plats.

 



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