Le fade traité franco-allemand

Le 23 janvier 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Une amitié franco-allemande renforcée.
Une amitié franco-allemande renforcée.
DR

Conclu mardi 22 jancier, le traité d’Aix-la-Chapelle conforte bien des pratiques mises en œuvre depuis un demi-siècle.

 

Il a fait couler beaucoup d’encre. Et pourtant, le traité de coopération franco-allemand, signé mardi 22 janvier par la chancelière d’Allemagne et le président de la république française, n’est pas très long. L’ensemble pèse 28 articles, dont beaucoup tiennent en une seule phrase.

De quoi ne s’agit-il pas? Certainement pas d’un pacte actant la cession de l’Alsace et de la Lorraine à un mythique IVe Reich. Rien non plus dans ce quatrième traité d’Aix-la-Chapelle[1] qui concerne la propulsion de Berlin à un siège de membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU.

De quoi s’agit-il donc, alors? En gros d’un pied de nez au Brexit. Alors que le Royaume-Uni peine à divorcer de l’Union européenne, les deux grandes puissances de l’UE renforcent un peu plus des liens noués en 1963, lors de la conclusion du traité de réconciliation entre la France et l’Allemagne. Tout ça pour ça ?

faciliter la vie quotidienne

Presque. Aux complotistes franco-français, le traité d’Aix-la-Chapelle répond qu’il faut «faciliter la vie quotidienne des habitants» des régions transfrontalières. L’Alsace et la Lorraine ne seront pas cédées. Mais le texte impose aux deux Etats de légiférer pour faciliter la constitution d’eurorégions, d’eurodistricts, la construction d’infrastructures (route, tramway). Bref, l’article 15 semble pose davantage les jalons de la reconversion de Fessenheim que ceux d’un délirant projet d’Anschluss.

Autre grand éclat de rire: la volonté commune des deux Etats à faire converger leurs deux économies. Cette fois, c’est vrai. Mais ce ne sera pas facile, tant le gouffre qui les sépare s’élargit d’année en année. Peu importe, l’article 7 engage les deux rives du Rhin à mettre «en place des dispositifs en vue de la transformation de leurs économies et en favorisant des actions ambitieuses de lutte contre les changements climatiques.» Pas de taxe carbone commune en vue, mais plutôt des processus de consultation lors de l’élaboration de grandes politiques. La prochaine publication de la PPE française ou du calendrier de sortie de l’Allemagne du charbon montrera la réalité de cet engagement.

échanges de diplomates

Un renforcement des actions à l’international? Oui, mais ce n’est pas si simple. Le texte prévoit, certes, approfondir «la coopération en matière de politique étrangère, de défense, de sécurité extérieure et intérieure et de développement». Cela pourrait se concrétiser par des échanges de diplomates entre les délégations des deux pays à l’ONU, à l’Otan, à Bruxelles, ou de ministres lors de réunions gouvernementales. Cela pourrait aussi aboutir à une meilleure coordination entre les agences d’aide publique française et allemande.

Paris et Berlin jurent aussi de se prêter «aide et assistance par tous les moyens dont ils disposent, y compris la force armée, en cas d’agression armée contre leurs territoires.» Ce que prévoit déjà le traité de l’Atlantique nord, mis en application par l’Otan, dont les deux signataires sont membres depuis des décennies. Sur des sujets consensuels, Allemagne et France mèneront des batailles communes sur la scène internationale. Ce qu’ils font déjà.

Last but not least, les deux rouages du moteur communautaire annoncent vouloir «renforcer le processus de mise en œuvre des instruments multilatéraux relatifs au développement durable, à la santé mondiale et à la protection de l’environnement et du climat, en particulier l’Accord de Paris.» L’an passé, la France a accru ses émissions de gaz à effet de serre quand l’Allemagne réduisait les siennes.



[1] L’ancienne capitale de Charlemagne a déjà été le théâtre de la signature de traités internationaux en 1668 (France et Espagne), en 1748 (France, Grande-Bretagne et Provinces-Unies), en 1818 (France, Prusse, Russie, Angleterre).

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus