Le directeur de l'eau et de la biodiversité parle

Le 21 février 2013 par Marine Jobert
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Laurent Roy, le directeur de l'eau et de la biodiversité
Laurent Roy, le directeur de l'eau et de la biodiversité
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Laurent Roy est le directeur de l’eau et de la biodiversité à la Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN) depuis novembre 2012. Très discret durant cette période mouvementée à l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), dont le ministère de l’écologie assure la tutelle, il a répondu aux questions du Journal de l’environnement.

Le JDLE – Le 12 février dernier, la Cour des comptes rendait un rapport qui étrillait la gestion de l’Onema et pointait les dysfonctionnements du système d’information sur l’eau (SIE)[1]. Quelles suites vont être données à ce rapport?

 

Laurent Roy – Ce rapport de la Cour des comptes est en train de connaître une suite opérationnelle au sein même de l’Onema, comme l’a annoncé la ministre de l’écologie Delphine Batho. Un plan d’action va être mis en œuvre, dont les données sur l’eau font partie. Car la qualité des données est effectivement déterminante. Et dès avant la sortie du rapport, le gouvernement avait décidé de soumettre la politique de l’eau à l’évaluation du comité interministériel de modernisation de l’action publique (Cimap). Les premiers résultats sur le sujet devraient être connus en mars. La question posée est la suivante: l’architecture institutionnelle française est-elle capable d’assurer les objectifs imposés par la directive-cadre sur l’eau (DCE)? Qu’il y ait des lacunes par rapport à ce qui devrait être fait, des dysfonctionnement dans la mise en œuvre concrète du SIE et que l’Onema ait failli dans ses missions, personne ne le conteste. Mais notre ambition en la matière est grande et c’est pourquoi la ministre de l’écologie a demandé à la directrice générale de fournir des réponses concrètes.

 

Le JDLE – Dans une interview accordée à notre journal [JDLE], une ancienne responsable de feu-l’Ifen [Institut français de l’environnement], Anne Spiteri, dénonçait la mauvaise qualité des données brutes remontées du terrain, puis compilées par les services du ministère de l’écologie avant d’être transmises à Bruxelles dans le cadre du rapportage communautaire. Que lui répondez-vous?

 

Laurent Roy – Je ne sais pas si elles ne sont pas bonnes. Alors que la France est en contentieux communautaire sur certains dossiers, ça n’est pas le cas pour la DCE[2]. Et la Commission européenne ne nous reproche rien concernant le rapportage, quand plusieurs pays sont en phase de pré-contentieux. Mais tout n’est pas réglé. On a affaire à un système d’information complexe. Avant la DCE, nous devions surveiller un petit nombre de paramètres physico-chimiques. Aujourd’hui, l’évaluation de l’état des masses d’eau est beaucoup plus complexe. Et elle porte sur des paramètres dont certains sont peu maîtrisés au plan scientifique. Par exemple, la DCE nous impose de rechercher les diatomées[3] -qui sont peu connues- ou les macrophytes[4] -pour lesquels les analyses ne sont pas si généralisées- ou encore des substances toxiques et dangereuses qui font appel à des données peu connues.

 

Le JDLE – Et l’effet «cocktail» des substances (pesticides, médicaments, molécules «naturelles») entre elles est-il mesuré? Les perturbateurs endocriniens sont-ils suivis?

 

Laurent Roy – La DCE ne porte pas sur l’état sanitaire des masses d’eau, mais bien sur leur état environnemental. La recherche de la présence de résidus médicamenteux ne fait donc pas partie des missions du SIE. Cependant, des discussions sont en cours au plan européen pour élargir le spectre des substances dangereuses aux substances médicamenteuses. La France est plutôt en pointe sur ce sujet. Mais il est clair que personne n’est capable de se lancer dans la mesure de 100 substances médicamenteuses à la fois. Il faut donc cibler celles que l’on mesure.

 

Le JDLE – Alors que sait-on précisément de l’état de nos masses d’eau? Et qui les contrôle?

 

Laurent Roy – La «photo» des masses d’eau –souterraines et supérieures- est partielle et partiellement floue. Partielle, car nous ne disposons pas de tous les éléments de connaissance. Partiellement floue, car les données ne sont pas assez précises ou pas suffisamment robustes. La circulaire du 31 décembre 2012 «relative à l'organisation et aux missions des laboratoires d'hydrobiologie en Dreal[5]» portait sur l’hydrobiologie, c’est-à-dire sur les macro-invertébrés qui vivent dans le fond des rivières. Et non sur l’ensemble du système d’analyse. Qui analyse? Cela dépend. Les poissons sont suivis par l’Onema. Les Dreal ont en charge les macro-invertébrés, mais aussi les paramètres biologiques –même si tous les laboratoires n’ont pas encore les connaissances ad hoc. Enfin, l’analyse des paramètres physico-chimiques (pesticides, azote, nitrate, etc.) est confiée à des laboratoires privés.

 

Le JDLE – Une dernière question: accepteriez-vous que soit mené un audit indépendant, comme le réclament certains?

 

Laurent Roy – Cet audit est, de fait, largement en cours, tant par les mesures annoncées par Delphine Batho en interne que par l’évaluation des politiques publiques qui est en cours. Un groupe de travail a également été créé au sein du Conseil national de l’eau. Dans cette affaire, nous faisons acte de transparence.

 

 



[1] Le système d’information sur l’eau est l’outil central permettant à la France de rendre compte à la Commission européenne de l’application des nombreuses directives sur l’eau applicables en la matière (directive-cadre sur l’eau, directives sur les eaux résiduaires urbaines, les nitrates, les boues d'épuration, les eaux souterraines, les normes de qualité environnementales, les inondations, l’eau potable, les eaux de baignade et les eaux conchylicoles).

[2] Ce que constate d’ailleurs la Cour des comptes dans son rapport. Mais elle ajoute également que «concernant la capacité de l'Onema à impulser et à développer les systèmes d’évaluation de la qualité des eaux, les résultats du bilan à mi-parcours des programmes de mesures (2012), qui devraient être établis prochainement par la Commission européenne pour chaque Etat membre pourraient constituer un indicateur de performance de l’action de l’établissement public.»

[3] Ce sont des micro algues unicellulaires planctoniques, qui constituent le groupe d'algues le plus important du phytoplancton marin.

[4] Il s’agit du terme générique pour désigner toutes les plantes aquatiques visibles à l'œil nu. On y trouve par exemple les algues rouges, vertes ou brunes.

 

[5] Dreal: Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement

 



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