Le difficile retour du saumon en Garonne

Le 29 juillet 2005 par Claire Avignon
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Depuis le début des années 1980, différents programmes tentent de restaurer les populations de saumons dans la Garonne. Mais les freins restent nombreux, notamment liés au risque d’affaissement du soutien financier public.

Que les saumons n'arrivent pas à franchir des obstacles migratoires à l'instar des barrages, cela se comprend aisément, d'autant qu'ils sont à l'origine de leur disparition au début des années 1970. Mais que 70% des poissons, régulièrement relâchés dans le fleuve pour restaurer la population, disparaissent entre le barrage de Golfech et Toulouse, alors qu'aucun obstacle ne vient troubler le parcours d'environ 100 kilomètres, voilà qui apparaît mystérieux. Ce taux ne devrait pas dépasser 20%.

Différentes hypothèses ont été avancées: pêche illégale intensive, égarement des poissons dans les affluents de la Garonne, notamment le Tarn, etc. Afin de valider, ou non, ces hypothèses, une opération de radiopistage a eu lieu entre 2002 et 2005, à la demande du groupe Migrateurs Garonne (1), qui assure la coordination des actions menées en faveur de la restauration des poissons migrateurs dans le bassin de la Garonne. Durant cette période, le Cemagref a placé un émetteur radio dans l'estomac de 107 saumons, espèce qui, adulte, ne se nourrit pas en rivière.

La mortalité est la première cause de non transfert des poissons sur le secteur, avec 27 à 35% de l'effectif décédé avant Toulouse. «Il est fort probable que les températures très élevées (au-dessus de 25°C) rencontrées en été par les saumons contribuent à ce taux anormal, explique Olivier Croze, ingénieur de recherche au Cemagref. Trois raisons à cela : les barrages installés sur la Garonne ralentissent l'écoulement. De plus, l'extraction intensive de granulats dans le lit mineur du cours d'eau a conduit à une uniformisation de plusieurs secteurs devenus plus larges et moins profonds que par le passé. Résultat: l'eau se réchauffe plus facilement. Enfin, la région reste très agricole, avec des surfaces de maïs irrigué importantes ce qui diminue la quantité d'eau laissée au fleuve».

Il semble d'autre part que 9 à 17% des saumons fassent demi-tour jusqu'au barrage de Golfech. «Soit ils dévalent par le barrage, soit par les turbines de la centrale hydroélectrique située à une quinzaine de kilomètres, indique Olivier Croze. Dans les deux cas, ils sont perdus pour le système car ils ne peuvent pas se reproduire.» Deux causes moins importantes ont été découvertes: 8 à 9% arrivent à Toulouse sans pouvoir passer le seuil du Bazacle. «C'est un élément qui peut être amélioré, continue le chercheur. Aujourd'hui, certaines passes à poissons vont jusqu'à 100% d'efficacité.» 3 à 4% des saumons s'égarent dans le Tarn où la reproduction est impossible à cause notamment d'une série d'obstacles. «Ils restent 7 à 8% de poissons qui s'arrêtent entre Golfech et Toulouse sans raison apparente pour le moment», conclut Olivier Croze.

La prochaine étape pour le Cemagref est d'analyser toutes les données récupérées depuis 2002. Les résultats de cette étude seront alors remis au groupe Migrateurs Garonne qui pourra alors établir un ordre de priorités dans les actions à mener pour poursuivre le plan de restauration des saumons dans le fleuve. «Toutefois, le soutien financier de ce programme n'est pas garanti pour l'avenir, note Olivier Croze. Et sans financement, ce serait plus de 20 ans d'efforts, tant techniques que financiers, qui seraient anéantis alors que le programme commence à porter ses fruits et que la Garonne reste aujourd'hui le seul cours d'eau français fréquenté par la totalité des espèces de poissons migrateurs.»




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