Le Diclofénac, mauvais karma pour les vautours

Le 21 mars 2014 par Romain Loury
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La quasi totalité de la population du vautour chaugoun a été décimée par l'anti-inflammatoire.
La quasi totalité de la population du vautour chaugoun a été décimée par l'anti-inflammatoire.
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La Ligue de protection des oiseaux (LPO) s’inquiète d’une arrivée progressive en Europe du Diclofénac, anti-inflammatoire dont l’usage chez les animaux d’élevage a décimé les vautours indiens depuis les années 1990.

C’est probablement l’hécatombe animale la plus importante et la plus rapide jamais survenue: dans les années 1990 et 2000, 80 à 90 millions de vautours indiens (Gyps bengalensis) sont morts, soit 99% de la population que comptait le pays. En cause, le Diclofénac, anti-inflammatoire pour l’homme et les animaux d’élevage, mais véritable poison pour les vautours: ceux-ci décèdent quelques jours après s’être repus d’une carcasse contaminée, d’une insuffisance rénale foudroyante.

Face à cette catastrophe, l’Inde, le Pakistan et le Népal ont interdit l’usage vétérinaire du Diclofénac en 2006, suivis par le Bangladesh en 2010, tous se tournant vers une alternative non toxique, le Méloxicam. Or voici que le Diclofénac pourrait faire son retour, cette fois-ci en Europe. Contrairement à d’autres médicaments à usage humain ou vétérinaire, l’anti-inflammatoire ne fait pas l’objet d’une procédure centralisée européenne: il est autorisé au niveau des Etats.

Pour les bovins, les porcs, les chevaux

L’Italie l’a ainsi autorisé dès les années 1990, sous le nom de marque Reuflogin, produit par le laboratoire italien, Fatro. Il y a été interdit en 2002, en raison de craintes quant à la contamination de la viande destinée à la consommation humaine. Fin de l’histoire? Pas vraiment: en 2006, le Diclofénac était de nouveau autorisé pour les chevaux de course, puis en 2009 pour les bovins et les porcs, sous réserve d’un délai minimal entre administration du produit et abattage.

Or après l’Italie, l’Espagne est devenue, en mars 2013, le deuxième pays d’Europe à autoriser le Diclofénac, sous les noms de Dolofenac et Diclovet -toujours le laboratoire Fatro. Et ce à l’effarement des associations de protection des oiseaux: avec 25.000 couples de vautours (bien devant la France et ses 1.500 couples), l’Espagne est celui qui dénombre le plus d’individus en Europe, rappelle Michel Terrasse, administrateur de la LPO contacté par le Journal de l’environnement.

Dans un communiqué publié en février, la Vulture Conservation Foundation et le réseau BirdLife, regroupement international d’associations de protection des oiseaux, évoquaient même des ventes de diclofénac en dehors d’Italie et d’Espagne: Fatro en aurait ainsi vendu à la République tchèque, à la Lettonie et à l’Estonie, ainsi qu’à la Serbie et à la Turquie.

Un réel danger pour les vautours

Dans l’UE, la législation européenne encadre le fait pour des éleveurs d’abandonner des carcasses d’animaux dans des emplacements destinés à nourrir les vautours. «En France, 150 éleveurs qui en ont fait la demande sont autorisés à leur laisser les animaux morts», sous des conditions strictes, rappelle Michel Terrasse.

Idem en Espagne. Or ces placettes de nourrissage y sont parfois «semi-clandestines», et rien ne prévoit que la présence de diclofénac soit testée dans les carcasses, rappelait BirdLife en février. «La probabilité qu’une carcasse traitée au diclofénac soit consommé par des vautours est donc importante», ajoutait-elle. Selon des modélisations mathématiques, il n’aurait pas fallu plus de 1% de carcasses contaminées pour aboutir à la situation indienne.

Interrogé fin février par le quotidien espagnol El Pais, le ministère de la santé, en charge des médicaments vétérinaires, s’est défendu, indiquant que «la réglementation de la gestion et de l’usage des carcasses d’animaux n’[était] pas du ressort de l’Agence espagnole des médicaments et des produit sanitaires. La législation environnementale de l’Inde ne peut en aucun cas être comparée à celle en vigueur en Espagne ou en Europe».

Dans une pétition en ligne déjà signée par près de 15.000 personnes, BirdLife appelle la Commission européenne à l’interdiction pure et simple du Diclofénac à usage vétérinaire. Après avoir frôlé l’extinction dans plusieurs pays, dont la France, «les populations de vautours repartent à la hausse, grâce à des décennies d’efforts de conservation et des millions d’euros investis. L’introduction du Diclofénac risque d’anéantir tous ces progrès».



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