Le diagnostic de performance énergétique à l’épreuve du terrain

Le 25 février 2008 par Claire Avignon
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A peine mis en place, le diagnostic de performance énergétique est déjà chamboulé par le Grenelle. Tous les acteurs de l’immobilier ont conscience qu’il va falloir largement améliorer l’outil de sensibilisation pour le rendre efficace.

«En un an, j'ai établi environ 200 diagnostics de performance énergétique (DPE). A ma connaissance, ils ont abouti à des travaux de rénovation thermique dans seulement deux cas». Ce constat de Pascal Clerc, diagnostiqueur installé à Aix-les-Bains, ne semble pas décourager le ministère chargé de l'environnement qui compte faire des DPE un outil central du gigantesque chantier de la rénovation des bâtiments décidé lors du Grenelle. Ainsi, sur les 44 propositions rendues par le comité opérationnel dédié à ce thème (1), 10 portent sur les DPE.

Les DPE font une évaluation des performances énergétiques d'un bâtiment pour inciter leur propriétaire à réaliser des travaux. Il est classé de A à G selon sa consommation d'énergie en kilowattheure par mètre carré et par an et ses émissions de gaz à effet de serre en kilogramme de CO2 par mètre carré et par an. Imposés par une directive de 2002 (2), les DPE ont progressivement été mis en place lors de la vente de logements et de bâtiments tertiaires (novembre 2006), puis de location de logements et de bâtiments neufs (juillet 2007), et très récemment de bâtiments publics qui doivent afficher le diagnostic dans leur hall d'accueil (janvier 2008). Les diagnostiqueurs doivent être certifiés et respecter un cadre réglementaire précis.

Mais ce nouveau marché des DPE a provoqué de virulentes critiques, auxquelles les ministères chargés de l'environnement et du logement vont devoir répondre pour imposer l'outil sur le long terme. Bon point pour eux, ils ont le soutien des ONG: «C'est un outil incontournable mais largement à améliorer», estime Cyrielle den Hartigh, des Amis de la terre.

Première étape: améliorer les formations. «Les retours terrain ne sont pas toujours bons et assez hétérogènes», a reconnu Sophie Le Garrec de la Direction générale de l'urbanisme, de l'habitat et de la construction (DGUHC), lors d'une conférence à Interclima, vendredi 8 février. Elle a notamment évoqué des DPE réalisés par téléphone. «Le niveau de certification est trop bas, on peut avoir la moyenne même si on sait seulement mesurer une surface», s'insurge Pascal Clerc. Pour Cyrielle den Hartigh, il faut exiger un bac +3, pour Pascal Clerc, un niveau IUT (bac +2) est déjà suffisant. Cette hausse du niveau devrait faciliter une deuxième demande du Grenelle, celle d'améliorer le contenu des recommandations de travaux pour qu'elles soient spécifiques à chaque bâtiment.

La DGUHC va également devoir modifier la réglementation pour obliger les diagnostiqueurs à transmettre les DPE à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), ce qui donnera alors une meilleure connaissance des performances thermiques du parc existant.

Mais surtout, le champ des DPE va encore être élargi. Les DPE location ne concernaient jusqu'à présent que les logements, ils couvriront bientôt les bâtiments tertiaires et les DPE bâtiments publics vont concerner aussi les grands établissements privés recevant du public (ERP) comme les grands magasins.

Toutefois, les deux mesures les plus ambitieuses sont également celles qui risquent de ne pas aboutir. Il s'agit d'abord d'inciter les acteurs immobiliers à indiquer la classe de DPE du bien dans leurs annonces de vente ou de location. «Les performances énergétiques d'un bien immobilier doivent devenir un critère de choix au même titre que la surface. Il faut donc que le DPE soit visible plus en amont du processus de vente ou de location», insiste Cyrielle den Hartigh. Mais si le comité opérationnel recommande bien «que des expériences puissent être rapidement engagées», il lui semble «prématuré d'envisager une obligation d'affichage» qui «se heurterait sans doute à des difficultés». Selon le rapport du comité, «une telle obligation ciblée constituerait un élément d'information discriminant fort alors que d'autres informations, tout aussi essentielles sinon plus (l'indication du prix par exemple), ne sont l'objet à ce jour d'aucune disposition légale ou réglementaire analogue».

La deuxième proposition plus discutée est de rendre obligatoire la réalisation de travaux pour les bâtiments de classe G. Pour les ONG, c'est nécessaire pour atteindre l'objectif de 400.000 logements rénovés. Mais de l'aveu même de Sophie Le Garrec, «ce n'est pas pour tout de suite».



(1) Voir l'article du JDLE «44 mesures pour rendre le bâtiment existant moins énergivore»

(2) Directive du 16 décembre 2002 sur la performance énergétique des bâtiments, transposée par la loi du 9 décembre 2004 sur la simplification du droit





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