Le désinvestissement au cœur des Assises de l’énergie

Le 24 janvier 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Une partie de la centrale solaire du MIN de Rezé sera financé par des particuliers.
Une partie de la centrale solaire du MIN de Rezé sera financé par des particuliers.
DR

Des collectivités européennes s’essayent à la sortie des énergies fossiles. Exemples choisis.

Toujours beaucoup de monde aux Assises de l’énergie. Chaque année, ce singulier colloque réunit élus, techniciens des services techniques, entrepreneurs et associatifs. L’occasion de faire un point sur l’avancée de la transition énergétique dans les territoires, comme l’on dit à Paris. La 18e édition s’est ouverte, ce mardi 24 janvier à Bordeaux, par un vibrant appel de la puissance invitante, un certain Alain Juppé, à nous engager dans un mode de développement empreint de «circularité».

Point n’était sans doute besoin d’insister, tant les congressistes (souvent des habitués) sont convaincus. Participer aux Assises, c’est souvent échanger des bonnes pratiques, partager des expériences et imaginer comment faire sauter les verrous au changement.

Réaffecter des flux financiers

Vous avez dit financement? Bingo. L’un des premiers ateliers de cette journée était précisément consacré au désinvestissement des énergies fossiles. Ou comment réaffecter des flux financiers vers des projets d’énergies renouvelables, d’amélioration de l’efficacité énergétique ou de lutte contre la précarité énergétique.

En France, à en croire l’organisation 350.org, une petite quarantaine de collectivités ont ainsi émis le vœu de réorienter flux financiers dont elles ont la gestion. Sans plus.

Les critères de Stuttgart

A dire vrai, rares sont les communes à avoir franchi le pas. Et celles qui sont allées le plus loin se situent outre-Rhin. élue verte au conseil municipal de Stuttgart, Anna Deparnay-Grunenberg a piloté le désengagement des énergies fossiles de la capitale du Land de Bade-Wurtemberg. «Il a d’abord fallu convaincre, car même si le maire est un Vert, tout le monde n’est pas forcément averti de ces questions», souligne-t-elle. Cette campagne de sensibilisation a porté ses fruits. La société communale, qui chapeaute les administrations et les régies de transport, d’eau et d’énergie, a établi des critères d’exclusion des prestataires privés de la ville. Inspirés de ceux mis en œuvre par le fonds pétrolier norvégien, ils interdisent désormais aux producteurs et aux utilisateurs de charbon, de gaz de schiste, d’uranium et de pétrole de participer aux appels d’offres communaux. «Cela ne nous a valu que quelques lettres un peu désagréables», commente avec un sourire l’élue d’origine suisse.

Critères RSE

D’autres critères d’exclusion ont suivi et visent particulièrement les entreprises qui pratiquent le travail forcé ou salarient des enfants. Semblables à certains engagements de RSE pris par de grandes entreprises privés, ce désengagement a évolué vers des opérations de financement. Chaque année, Stuttgart octroie 5 millions d’euros de prêt à taux zéro pour aider des citoyens à rénover leur logement. «Nous nous remboursons sur les économies qu’ils réalisent», explique l’élue verte. La ville souhaite désormais multiplier les projets à financement participatif. «Comme nous avons déjà couvert de panneaux solaires les toits de nos écoles, nous mettons en relation les citoyens souhaitant participer à ces projets et des propriétaires de hangar ou de supermarché pour qu’ils acceptent des centrales solaires en toiture.»

La chasse aux paradis fiscaux

En France, on est bien loin de l’expérience allemande. «Nous avons, en novembre 2015, le vœu de nous désengager des fossiles, mais la priorité de l’équipe c’était surtout de se désengager des établissements financiers ayant des filiales dans les paradis fiscaux», confirme Daniel Guillotin, conseiller municipal à l’écologie urbaine de Rennes. Depuis, les services du chef-lieu d’Ille-et-Vilaine imposent aux délégataires de mission de service public des critères RSE. «Mais ça ne va pas assez loin», reconnaît Daniel Guillotin. Pour aller plus loin, la ville pourrait s’inspirer de sa grande rivale Nantes. La capitale des Pays-de-la-Loire a imposé que le futur marché d’intérêt national de Rezé soit doté d’une centrale solaires de 5 mégawatts crête (MWc): les 32.000 mètres carrés de panneaux photovoltaïques devront être installés par Armor Green, un industriel breton[1]. Une part du financement de la centrale sera participative.

 

Si les outils du désinvestissement existent, reste à savoir quoi faire de l’argent ainsi récupéré. S’inspirant cette fois de la circularité chère à Alain Juppé, Rennes recycle l’argent de ses économies d’énergie dans la maîtrise de l’énergie. Avec les recettes de la vente de ses certificats d’économie d’énergie, la commune finance le poste d’un animateur chargé de traquer les pratiques et les moyens qui permettront d’alléger le montant de la facture énergétique de la ville et de ses services.



[1] Mais fabriqués par Systovi, une entreprise berlinoise.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus