Le déconfinement des transports à tâtons

Le 15 avril 2020 par Victor Miget
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L'un des enjeux du déconfinement est d'éviter l’afflux trop massif des usagers dans les transports publics.
L'un des enjeux du déconfinement est d'éviter l’afflux trop massif des usagers dans les transports publics.

Après l’annonce d’un déconfinement progressif à partir du 11 mai, les réflexions vont bon train sur la stratégie à adopter dans les transports en commun. Au menu, plus de vélos, un prolongement du télétravail, des horaires différés, le port du masque obligatoire…

 

Depuis le début du confinement, les transports collectifs ont vu leur fréquentation baisser de plus de 80 % (Où ça ?). Taux qui remontera dès le 11 mai. Mais à cette date, la Covid-19 sera encore une menace.

Distancer à vélo

Des pistes sont d’ores et déjà étudiées afin d’éviter une nouvelle propagation du virus favorisés par des contacts rapprochés dans les transports collectifs. Le vélo est envisagé pour prendre un peu le relais. C’est Pierre Serne, ancien vice-président (EELV) de la région chargé des transports, administrateur d’Ile-de-France Mobilités, qui est aux manettes. Il a été chargé par la ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, «de recenser et d’appuyer les initiatives des collectivités», en matière de mobilité à bicyclette. 

«Tout le monde s'accorde à dire qu'après l'épidémie, il y aura un rejet collectif des transports en commun», soulignait, le 14 avril, le président du Club des villes et territoires cyclables, dans les colonnes du Parisien. Solution envisagée: l’urbanisme tactique. Traduction: la mise en place d’aménagements cyclistes provisoires qui emprunteront «un peu» de chaussée aux voitures. Objectif : accueillir plus de cyclistes et faciliter ainsi la distanciation sociale requise. Mais aussi, accélérer le développement de la petite reine , pour éviter l’afflux trop massif des usagers dans les couloirs du métro et sous les arrêts de bus.

Ailleurs, certains s’y essaient déjà. La municipalité de Bogota (Colombie) a ouvert 76 km de pistes cyclables temporaires (entre 6 h et 19 h 30), afin de réduire la fréquentation des transports publics et lutter contre la propagation de la Covid-19. A Berlin, des rues ont été aménagées avec une bande cyclable temporaire équipée de balises d’alignement.

Le vélo est aussi appréhendé comme une alternative aux véhicules individuels. Car si le trafic routier a chuté de plus de 70 % en France, les pouvoirs publics redoutent un retour en force du tout voiture après le confinement.

La peur de prendre les transports publics s’observe déjà en Chine, selon Stephan Wöllenstein. Dans un entretien à Business Insider, le patron de la filiale chinoise du groupe Volkswagen explique que les commandes de véhicules individuels repartent à la hausse. Les équipes tournent à plein régime. «Nous bénéficions maintenant de deux effets: une demande refoulée parce que les gens n'ont pas pu acheter de voitures pendant quatre à six semaines; un besoin accru de mobilité individuelle en Chine depuis la crise du Coronavirus. Les gens évitent d'être dans les transports publics.»

Fini les trains bondés ?

En France, le vélo n’est pas l’unique véhicule auxiliaire du déconfinement progressif des usagers des transports collectifs. La présidente ex-LR de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, plaide en faveur d’une limitation des déplacements après le 11 mai. « Ce qu'il faut voir, c'est que les transports sont un goulet d'étranglement très important » pour la sortie du confinement dans la région, a-t-elle souligné ce mercredi au micro de France Inter. « La région Île-de-France a une spécificité, c'est que tous les jours, nous avons en temps normal 5 millions de Franciliens dans les transports en commun. Est-ce qu'on imagine aujourd'hui remettre 5 millions de personnes dans des métros et dans des RER ? » Pour des raisons de sécurité sanitaire, l’élue prône le pas à pas. Et pourquoi ne pas préconiser le télétravail encore un temps, lorsque c’est possible.

Concernant le retour en classe des enfants, « la reprise du travail pour les écoles, pour les lycées, ne (peut) être que progressive (…) imaginer, par exemple, faire des classes dédoublées, avoir des arrivées à des heures différentes, par exemple, peut-être les petits entre 8 et 9 heures, les collégiens entre 9 et 10 heures, les lycéens entre 10 et 11 heures », a-t-elle détaillé.

Des experts de Kisio[1] estiment qu’un bon redémarrage des transports publics nécessite de rassurer les usagers sur la sécurité sanitaire dans les transports. Par exemple, en appliquant dans les bus, les RER, le métro des mesures préventives comme la désinfection, la distanciation sociale, voire le port de masques.

Autre mesure envisageable: limiter le nombre de passagers par véhicule. Une idée qui déplait à la SNCF. Son PDG, Jean-Pierre Farandou préfère le port du masque obligatoire plutôt que des règles de distanciation difficiles à mettre en œuvre: «si on nous impose de mettre un mètre ou un mètre et demi entre chaque passager, avec 100 % des trains on ne transporte que 20 % de ce qu’on transporte d’habitude».



[1] Une filiale de Keolis.