Le déclin du charbon est-il amorcé?

Le 18 décembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Derniers tours de roue pour la haveuse de Kellingley (UK).
Derniers tours de roue pour la haveuse de Kellingley (UK).
Rakusen/UK COAL

La demande mondiale de charbon a légèrement reculé entre 2013 et 2014. Pour autant, la décarbonation de l’économie n’est pas engagée.

Trois décennies après leurs grandes grèves, les gueules noires britanniques connaissent un nouveau coup de grisou. C’est ce vendredi 18 décembre que les ultimes tonnes de charbon britanniques ont été remontées à la surface.

En fermant ses portes, la fosse de Kellingley (Yorkshire) met fin à un siècle et demi d’extraction du charbon par grande profondeur. La dernière veine exploitée à Big K se situait par 800 mètres de fond. Problème: le minerai remonté était moitié plus cher que celui importé de Pologne ou de Russie. Pour autant, l’industrie charbonnière outre-Manche n’est pas totalement out. Le royaume compte encore quelques mines exploitées en surface. Et les centrales au charbon continueront de cracher leurs millions de tonnes de CO2 jusqu’en 2025, a récemment indiqué l’administration Cameron.

Cette fermeture est-elle symptomatique de la fin du charbon? Certains, comme les analystes de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) sont tentés d’y croire. Ce vendredi, l’agence de l’OCDE basée à Paris a publié son très attendu rapport annuel sur l’évolution à moyen terme du secteur charbonnier mondial.

Séquence anti-charbon

La COP 21 a d’ailleurs ouvert une séquence très hostile à la houille. Dans les semaines qui ont précédé l’ouverture du sommet de Paris, nombre d’investisseurs ont annoncé la fin de leurs investissements dans les activités charbonnières. L’OCDE a promis la fin des subventions à l’exportation de centrales à bas rendement. En pleine négociation, la Chine a rendu public un important programme de modernisation de ses centrales thermiques, lequel permettra d’éviter de consommer 100 Mt de charbon par an, dès 2020.

Dans leur rapport, les statisticiens de l’AIE soulignent la très légère diminution de la consommation mondiale de charbon. L’an passé, le monde a consumé 7,9 Mdt de houille: 0,9% de moins qu’en 2013. Un effet COP 21? N’exagérons rien. Dans son rapport, l’AIE souligne le rôle de la Chine, premier consommateur mondial[1], où s’opère un découplage entre activité économique et consommation d’énergie et donc émission de gaz à effet de serre. L’an passé, le PIB de l’empire du Milieu a progressé de près de 8%, mais sa demande d’énergie de 3,8% seulement.

Divorce entre économie et CO2

Plusieurs phénomènes expliquent ce divorce. Certains secteurs industriels et énergivores, tels l’acier ou le BTP, ont vu leurs activités diminuer, réduisant d’autant la demande d’énergie et donc de charbon. Pékin accentue la diversification de son bouquet énergétique. En 2014, le pays a mis en service plus de 55 gigawatts de capacités de production d’électricité décarbonée (éolienne, hydroélectrique, solaire et nucléaire). Il a aussi beaucoup plu, en 2014, en Chine. Ce qui a permis aux barrages et centrales hydroélectriques au fil de l’eau d’accroître de 100 térawattheures leur production annuelle[2]. Résultat: une baisse de 3% de la demande chinoise de charbon.

La décroissance charbonnière chinoise se vérifie-t-elle partout? Pas encore. La même inflexion s’observe globalement chez les pays membres de l’OCDE. Entre 2013 et 2014, ces 34 pays riches ont réduit de 2% leur consommation de charbon. En revanche, l’Inde et d’autres émergents asiatiques continuent de baser leur développement sur King Coal. Et le feront encore longtemps sans changement majeur de leur politique énergétique. L’AIE estime que la plus grande démocratie du monde devrait augmenter sa demande charbonnière de 4% par an entre 2016 et 2020. Soit deux fois moins que les 10 pays membres de l’Asean[3].

Coal not dead

Une vision partagée d’ailleurs par les grands pays exportateurs. A tour de bras, Australie, Afrique du Sud, Colombie et Russie ouvrent de nouvelles mines et construisent de nouveaux terminaux charbonniers. En 2020, ces poids lourds du commerce du charbon devraient pouvoir exporter 600 Mt de charbon de plus qu’en 2015.

La fin des espoirs soulevés par la COP 21? Tout dépendra des politiques énergétiques nationales. La Chine prévoit de renforcer ses efforts en matière d’efficacité énergétique et son parc de production d’énergie décarbonée: ce qui pourrait réduire encore de 10% sa consommation de charbon. La mise en œuvre effective du paquet Energie Climat 2030 devrait permettre à l’Union européenne, souligne l’AIE, de réduire sa demande charbonnière de 1,5% par an entre 2016 et 2020. Aux Etats-Unis, ce sont de nouvelles normes d’émission, vivement contestées en justice, mais surtout l’abondance des hydrocarbures de schiste qui mettent à mal le charbon.

Pour autant, les centrales en projet en Asie restent plus nombreuses que celles qui seront arrêtées en Europe et en Amérique du Nord. Globalement, la demande mondiale de charbon pourrait progresser de 1% l’an au cours des 5 prochaines années, annonce l’AIE. Raison pour laquelle la communauté internationale est condamnée à tarifer fortement les émissions de CO2. Ce qui lui permettra de rendre les énergies décarbonées et le captage-stockage de carbone plus accessibles à l’industrie lourde. Faute de quoi, l’accord de Paris restera nul et non avenu.

 



[1] La Chine consomme la moitié du charbon mondial.

[2] soit l’équivalent de 20% de la production électrique française.

[3] Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Viet Nam

 



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