Le CSC: une faillite européenne

Le 06 décembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A In Salah (Algérie), BP injecte aussi du CO2 dans le sous-sol.
A In Salah (Algérie), BP injecte aussi du CO2 dans le sous-sol.
BP

L’Europe a l’habitude de se tirer des balles dans le pied. Et elle vient de récidiver avec l’une des armes à notre disposition pour alléger l’empreinte climatique anthropique.

Le captage-stockage de CO2 (CSC) est, a priori, une belle idée pour assurer la transition climatique de notre industrie lourde. A gros traits, il s’agit de séparer le gaz carbonique des effluents gazeux de raffineries, centrales thermiques à flamme, aciéries et autres cimenteries. Une fois capté, épuré, séché, le dioxyde de carbone est comprimé, avant d’être transporté (par pipeline, camion ou bateau) vers un site de stockage géologique, généralement un aquifère salin situé à grande profondeur.

Depuis 1996, la Norvège montre la voie. Incité par une lourde taxe carbone, Statoil, son pétrogazier national, enfouit dans le sous-sol de la mer du Nord un million de tonnes de CO2 par an, produit par la plate-forme gazière Sleipner Ouest.

Par la suite, d’autres industriels européens, comme BP, Total, Alstom ou GDF Suez, ont mené des expérimentations comparables de taille plus ou moins importante. La consécration est venue d’un rapport spécial du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec). Publié en 2005, il estime que 30 à 40% des émissions de CO2 de l’industrie pourraient être ainsi épargnées à l’atmosphère en quelques décennies.

Rapidement, l’Union européenne se met au diapason de l’institution onusienne. Une directive est adoptée en 2008, dans le cadre du paquet Energie-climat. Deux ans plus tard, Bruxelles exige des Etats membres et des industriels la mise en service d’une douzaine de projets industriels de CSC avant 2015. Pour faciliter le financement, le Parlement européen conçoit, à l’initiative du Britannique Chris Davies, le programme NER 300. Il s’agit, en gros, de prélever 300 millions de quotas d’émission de l’ETS. Leur revente devant permettre de cofinancer la douzaine d’opérations. Hélas, le cours du quota (initialement prévu à 15 ou 20 euros pièce) s’est effondré. Et avec lui, les espoirs de constituer une filière européenne du captage-stockage de CO2.

Ces dernières semaines, les industriels britanniques, estimant l’aide européenne trop modeste, ont retiré leurs 4 projets du dispositif communautaire. En début de semaine, c’était au tour de l’ambitieux programme Ulcos de faire les frais de la guerre entre Paris et le groupe ArcelorMittal. Plus grave, selon Chris Davies, plus aucun des 10 projets pré-sélectionnés par l’Europe au mois de juillet dernier n’est porté.

«Plus de 1,5 Md€ de fonds européens disponibles afin d'encourager les projets de captage et de stockage du carbone (CSC) vont maintenant être détournés vers de nouveaux projets d'énergie renouvelable», a déploré l’eurodéputé, dans un entretien accordé à l’AFP. Le climat n’est décidément pas une priorité politique, ni industrielle.



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